C’était le règne de l’incertitude chez nous à la suite de la double confrontation Cuba-Haïti à La Havane et à Port-au-Prince, respectivement en novembre et en décembre 1976. Surpris par son adversaire lors du match aller en déplacement, le Club Haïti est passé à quelques centimètres de l’élimination à l’occasion du match retour à domicile, puisque c’est de justesse que Manno Sanon, encore lui, égalisa pour le onze national, alors que, découragés, de nombreux fanatiques avaient déjà vidé les gradins du stade Sylvio Cator.
À l’aller et au retour, ce fut Charles Vorbe qui offrit la balle de l’égalisation à Ti Manno. Avant la 3e rencontre décisive entre Haïtiens et Cubains, les larmes du dernier trimestre de 1969 après le match d’appui Salvador–Haïti ( 1-0 ) à la Jamaïque revinrent à l’esprit. De ce fait, environ huit ans après, le public haïtien redoutait un autre coup de massue. D’autant que le chœur national craignait les dangereuses envolées du trio offensif cubain Nuñes-Masso-Delgado face à la défense haïtienne qui n’exposait pas la sûreté au cours de cette période. Comme le témoigne le film de l’action où Delgado exploita un boulevard au sein de la division défensive bicolore pour ouvrir le score lors du 2e mach disputé en Haïti.
Le siège du match d’appui Haïti-Cuba, c’est Panama en janvier 1977. En attendant, Emmanuel Sanon devait rejoindre ses partenaires du Berschott d’Anvers en Belgique pour la reprise des entraînements après la trève. Malheureusement, le jour de son départ, accompagné de sa femme enceinte, Manno Sanon tomba sur l’inacceptable à l’aéroport François Duvalier : « Interdiction de départ ». Quelle gifle, quelle déception, quelle récompense amère pour notre buteur national après tant de services rendus au pays ! Quel choc pour son épouse qui portait un enfant dans ses entrailles ! Quel cynisme de la part des autorités haïtiennes qui ont écrit cette page dégradante !
Deux jours avant cette action de la honte, Manno Sanon avait accordé une longue interview au quotidien Le Nouvelliste. Il avait précisé entre autres qu’il retrouverait ses coéquipiers pour le match d’appui Haiti-Cuba à Panama City. Mais une semaine plus tard, alors que l’on pensait qu’il se trouvait déjà en Belgique, la réceptionniste de Radio Progrès m’a annoncé la visite de Manno Sanon. Quoi ! Est-ce une plaisanterie ?, demandai-je à cette collaboratrice. Elle m’a répondu que ce visiteur de marque, c’est réellement notre Manno national.
C’était bien lui. À la réception de Radio Progrès, je retrouvais un Ti Manno qui ressemblait à une bête traquée, comme un évadé qui a peur d’être rattrapé. Le sceau « interdiction de départ » couronnait son visage. C’est donc bestialement que les autorités de notre pays ont récompensé Manno Sanon pour tous les lauriers qu’il a cueillis pour le sport national. Une choquante et monumentale bévue. Un désastre tout simplement .
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