Je rencontre Cinthia Kanzki Thébaud quelques jours avant le spectacle de fin d’année de CKT centre de danse. « Tu dois à tout prix voir danser mes enfants ! », me lance-t-elle, une note d’excitation dans la voix tandis qu’elle me fait visiter l’école qu’elle a ouverte timidement en 2016. Chaleureuse à souhait, la danseuse me présente à tous ceux que nous croisons sur notre route et me fait voir tous les recoins du bâtiment. L’espace réservé à l’administration, les toilettes, le coin d’études, les salles de danse… tout y passe. « J’essaie de me hisser aux standards internationaux », dit-elle simplement. Mais sa plus grande fierté demeure son plancher flottant. « Nous sommes les seuls à en avoir un en Haïti », assure-t-elle. La directrice est également tout aussi satisfaite de ses danseurs. Entre Cinthia et la danse, c’est une longue et belle histoire d’amour. Elle est âgée de 5 ans quand tout commence. Elle débute avec le Ballroom avant de se tourner un peu plus tard vers la danse classique. Sa passion pour cette discipline ne diminue en rien quand, après ses études classiques, elle quitte le pays. Son temps aux États-Unis, elle le partage entre ses études et la danse. Tandis qu’elle étudie l’administration à l’université, Cinthia intègre aussi l’équipe de danse de l’institution. « Je dansais deux fois par jour. J’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de professeurs qui venaient à l’école pour des séminaires », se rappelle la directrice de CKT centre de danse. Rentrée en Haïti pour rendre visite à son père, Cinthia y rencontre l’homme que quelques années plus tard elle allait épouser. On est en plein embargo à l’époque et renouveler son visa américain est particulièrement compliqué pour la jeune femme. Parallèlement, il lui faut aussi faire un choix. Aux États-Unis, elle aura la carrière qu’elle a toujours voulue, des contrats intéressants, mais aussi tellement de restrictions… En Haïti, il y a sa famille, mais aussi celui qui désormais fait battre son cœur. « Je voulais danser, mais je voulais aussi avoir une famille », confie celle qui est aujourd’hui mariée et mère de trois enfants, deux garçons et une fille. Finalement, la jeune danseuse ne repart pas pour les États-Unis et poursuit ses études à l’Université Quisqueya. « Je n’ai jamais regretté ce choix. Peu de temps après, j’ai perdu mon père, un passionné qui m’a toujours poussée à faire ce que je voulais faire avec tout moi-même. Je suis contente d’avoir pu profiter de sa présence pendant ces quelques mois », explique-t-elle en pleurant encore la disparition de cet homme qui a marqué sa vie. Forte des conseils de ce père tant aimé, Cinthia ne se détourne jamais de sa passion première. Tout en étant mère de famille et entrepreneure, elle ne tourne pas le dos à la danse et avant d’arriver à mettre sur pied sa propre école, elle traînera sa bosse un peu partout. Histoire de garder la forme et la pratique, elle danse avec plusieurs professeurs reconnus de la capitale. Moderne, jazz, hip-hop, folklore et break dance n’ont pas de secret pour la danseuse. Elle donne aussi des cours dans les écoles de ses condisciples, puis à Ultimate Fitness, gym qu’elle avait ouvert avec des proches. Quand la cohabitation entre ses 40 élèves et les abonnés du gym devient impossible, elle est obligée de plier bagage. Quelques rares de ses protégés l’accompagnent dans tout son périple et la suivent quand elle prête ses services de professeur de danse au gym Energy. Parallèlement, elle enseigne la danse à Pétion-Ville club à l’époque. C’est avec ces élèves qui l’ont fidèlement accompagnée qu’elle lance CKT centre de danse en septembre 2016. L’ouverture de sa propre école est bien sûr un accomplissement, mais cela ne suffira pas pour inciter cette battante à s’asseoir sur ses lauriers. Monter des spectacles que les élèves prennent plaisir à préparer tout en visant la satisfaction du public est un véritable défi pour cette femme qui recherche avant tout la passion de la danse chez les enfants que l’on inscrit à son école. Très intéressée par le social, elle sponsorise aussi près d’une vingtaines de break dancers qui fort souvent apportent une touche remarquable à ses shows. Aidée de six professeurs, trois assistants-professeurs, une assistante directrice et une secrétaire, elle fait tourner l’école qui, pour sa deuxième année de fonctionnement, compte plus de 120 élèves. Cinthia, qui est aussi chorégraphe, compte désormais trois grands spectacles à son actif. « J’ai donné mon premier grand spectacle, « Dancevolution », en 2015, à Tara’s. Je n’avais qu’une trentaine d’élèves et pas encore d’école », raconte-t-elle. Mais cela leur avait permis, à ses élèves et à elle, de clôturer l’année en beauté. Avec CKT centre de danse, elle a présenté Kiona en 2016. « C’est une histoire que j’avais moi-même créée et ce fut un grand succès », affirme la directrice, qui se dit reconnaissante à son équipe de production qui concrétise si bien ce qu’elle a en tête. Cette année, en guise de spectacle de fin d’année, le CKT a présenté « Elementum », un documentaire sur les 4 éléments de la nature : l’air, le feu, la terre et l’eau en vue de sensibiliser le public à la nécessité de préserver la nature. Sur des morceaux classiques autant que sur des titres à la mode comme le très populaire « Despacito », les élèves ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour faire de la soirée une réussite, boucler l’année en beauté et récompenser les efforts de leur professeur. Mais, plus que les compétitions remportées, les bourses d’études gagnées et les reconnaissances de toutes sortes, ce qui importe le plus pour Cinthia, c’est de danser, avec toute son âme, pour le plaisir de danser, sans aucune raison autre que l’amour de la danse. Et cette passion qu’elle tente par tous les moyens de partager avec ses protégés.