En revenant mercredi de la 38e réunion ordinaire de la Conférence des chefs d'État et de gouvernement de la Caricom, en Grenade, le président haïtien Jovenel Moïse a fait part de la volonté de son administration d’œuvrer pour une meilleure intégration du pays au sein de cette communauté régionale. A l’heure des grands regroupements exigés par la globalisation de l’économie, Haïti doit jouer carte sur table pour tirer le meilleur parti de son appartenance à la Caricom. Mais à quel prix ? Le président dispose-t-il des voies et moyens pour y arriver ? Et comment va-t-il procéder pour y parvenir ? Venons-en d’abord aux faits. Le chef de l’Etat haïtien estime que le pays dispose de plaines ayant les qualités pour que s'y pratique l’agriculture biologique que recherchent les touristes qui visitent les pays de la Caricom. Le tourisme demeure à date l’une des principales activités des pays de l’espace caribéen. Avec les maigres investissements consentis dans le domaine agricole, le pays doit faire davantage notamment dans le foncier pour dégager des espaces cultivables, irrigables et irrigués. Mais, quelles que soient les mesures envisagées si les tarifs douaniers demeurent tels qu’ils sont actuellement, l’intégration dont parle le président est déjà vouée à l’échec. L’une des preuves de la bonne volonté du président Jovenel Moïse serait de mettre en application le Tarif extérieur commun de la Caricom. Cela faciliterait les échanges intra-régionaux. Un spécialiste de la question contacté par le journal n’y est pas allé par quatre chemins. Avec les tarifs hérités de la période de libéralisation des marchés avec des droits de douane de 5% ou d’autres proches de zéro, il serait difficile de solliciter une meilleure intégration sans faire un pas dans la direction de la majorité. On se souvient encore comment les parlementaires avaient décroché des flèches contre le ministre Wilson Laleau qui voulait débuter, à travers la loi de finances, un certain alignement sur le TEC de la Caricom. On a vite compris que des forces invisibles agissaient par l’entremise des honorables parlementaires. Les taux du TEC varient entre 0 et 40%. Ceux d’Haïti sont trop bas pour prétendre commercer avec les pays de la Caricom qui est une union douanière. Depuis, rien n’a été fait concrètement pour favoriser cette intégration tant souhaitée par Jovenel Moïse. De plus, des dispositions doivent être prises par le Ministère de la Justice et de la Sécurité publique pour finaliser la participation du pays aux travaux de la Cour de Justice des Caraïbes. La Caricom c’est aussi le respect du Traité de Chaguaramas, révisé en 2001, qui établit les 5 principes, à savoir : la libre circulation des services, des capitaux, des marchandises, des personnes qualifiées et le droit d’établissement des entreprises. Même si une frange du secteur privé haïtien veut explorer la Caricom, certains milieux conservateurs perçoivent très mal que le pays s’ouvre au commerce régional et à la libre concurrence qui mettrait à mal le système de rente qui prévaut dans les échanges en Haïti depuis l’époque coloniale.