Le géographe Georges Anglade a écrit dans « Eloge de la pauvreté » (Ochan pou malere), son discours de réception du Prix international 1983 pour la catégorie ''Atlas et cartes'' : « Je n'ai trouvé digne d'éloge que la pauvreté ; pas la misère repoussante et abjecte, inacceptable dans sa négation de la dignité humaine, mais la pauvreté, celle-là même dont l'omniprésence semble être la manière la plus sûre de se cacher. Avec acharnement, on a voulu la transformer sans jamais questionner ce qu'elle pouvait receler de savoir-faire dans la survie, ce qu'elle pouvait avoir accumulé de pratiques dignes d'être le point de nouveaux départs. On a su la décrire sans la comprendre, la plaindre sans la respecter, et surtout l'amalgamer à la misère pour mieux désamorcer l'alternative dont elle est pleine, alors qu'il fallait tout simplement lui demander les voies et les moyens du désenveloppement des opprimés pour une démocratisation qui ne tarde que trop.

C'est ce parti pris qui a été le nôtre, la rupture d'avec le misérabilisme et la folklorisation des approches de la pauvreté pour fermement souscrire à l'effort d'habiter cet objet d'étude de la dignité épistémologique encore réservée aux grandes questions des grands de cette terre. Si la misère persiste et se colle toujours à nous, c'est que nous n'avons pas choisi de partir de la pauvreté, mais des méthodes de travail et des modes de penser de la richesse ; c'est l'envers obligé de ce mythe fondateur de la modernité d'une richesse possible pour tous et chacun alors que cette illusion se heurte partout au réel têtu. »