Sans exorciser les démons de son histoire tumultueuse ponctuée de coups d'État sanglants, d'épisodes de répressions féroces et de compagnonnages intéressés avec des politiques sournois et des opérateurs de cartels économiques, les Fad'H sont de retour. Le président Jovenel Moïse, investi de l'autorité constitutionnelle, a replacé l'armée sur l'échiquier. Le président a fait l'économie d'un vrai débat national pour vider les appréhensions et, le plus important, proposer un nouvel ADN à l'armée.
Le chef de l'État, par pragmatisme et opportunisme politique, a joué sur le temps et la difficulté à transmettre aux nouvelles générations la mémoire, la grande part d'ombre de l'héritage de cette institution qui, comme les douanes, depuis le XIXe siècle, constitue le socle sur lequel repose notre échec à construire un État viable, une vraie république. Le régime des rentes, l'exclusion planifiée sur le long terme des masses paysannes non éduquées, dépossédées, écartées du processus de définition et de la mise en place de politiques nationales bénéfiques pour tous doivent, en partie, leur longue vie à ce montage institutionnel pour le moins antinational. La question du retour de l'armée pour renforcer l'État bancal ne peut pas se poser ainsi parce qu'elle a, jusqu'en 1994, servi un ordre ayant participé à la "délégitimation" de l'État auprès de la population. Au service des élites, les Fad'H ont participé au désastre social, en construction depuis longtemps.


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