Il est l'un de ces politiques pur jus dont la politique haïtienne regorge. Malgré l'usure du temps, il est là, survolant comme un aigle dans l'arène, après avoir roulé sa bosse dans des contextes différents pour des régimes politiques différents. Youri Latortue, toujours d'un calme énigmatique, lui qu'aucune question de journalistes ne peut faire dérailler, traîne dans ses basques des victoires, bien sûr des échecs, bref un pan de l'histoire politique récente haïtienne. Au-delà de son clan, celui qui, au pilotage d'une majorité de sénateurs OPL et alliés, a délogé de la Primature Jacques Edouard Alexis un matin d'avril 2008 à la faveur des émeutes de la faim, force l'admiration. «C'est un madré, un véritable tacticien. Un spécialiste des jeux de la perception politique», avoue, pince-sans-rire, un collègue rangé au rayon '' opposition '' du grand corps.

«Il est le vieux lion de la jungle politique haïtienne», renchérit Jean Marie Salomon Junior, vice-président du Sénat. Youri Latortue, impitoyable dans ses combats, habitué des coups de gueule, capable de tenir en haleine des débats parlementaires au-delà de plusieurs heures, comme lors de ceux allant aboutir au renvoi de Michel Pierre-Louis en 2009, semble indémodable. On le retrouve depuis quelque temps sur d'autres terrains de confrontation, lui qui veut faire sien le combat contre la corruption. «Le pays a atteint le point culminant de la corruption ces dernières années», juge le président du Sénat, pas moins heureux d'avoir enquêté sur l'argent du PetroCaribe. Youri Latortue, deux fois sénateur, indique que le «mal» est partout. Et, à l'entendre, le pays, pour «sa survie», doit en divorcer. C'est son nouveau mantra et il s'en gargarise.