À Pâques, les vieux « films Jésus », « Juda Ben Hur », « Les dix commandements » sont diffusés en boucle à la télévision. Pour ceux qui zappent les messes, les spectacles labélisés « bénis »,restent sourds aux appels à la luxure des « raras » souvent en panne de nouvelles sonorités…, Port-au-Prince, d’une grise monotonie, excuse de bon cœur toutes les envies d’aventures et d’excursions. Entre autres alternatives pour les amants du voyage, il y a le Nord-Ouest, Môle St-Nicolas, le premier pied-à-terre de Christophe Colomb dans l’île. C’est à la fois une destination de choix, une épreuve, un trajet casse-cul de plus de 200 kilomètres depuis la capitale, mais surtout l’occasion d’une immersion dans le contraste du pays profond où des miséreux copulent, engrossent un avenir déjà lourd d’incertitude dans un paysage de carte postale, de richesses minières et d’une flore de zone aride non exploitées.
L’ascension du versant Est de morne « La Pierre », après la ville des Gonaïves, dévoile le bleu clair de la côte, les ravines sèches serpentant des gorges peuplées de cactus. «Le paysage est comme Acapulco, au Mexique », lâche l’écrivain Jean Euphèle Milcé, Artibonitien, encore capable de s’émerveiller. Dans n’importe quel autre pays où le tourisme est un secteur porteur de l’économie, il y aurait, ici, stations balnéaires, villas, etc. « Il faut sublimer ces lieux », appelle Jean Euphèle Milcé, alors que deux gamins Zing aux dread locks roux, dans un petit tourbillon de poussière, couraient vers un « camion boîte » dont le moteur ronronne sous le poids de sa cargaison de sel. Sur des kilomètres, après les marais salants de Coridon, d’Anse-Rouge, il est rare de tomber sur âme qui vive. L’immensité est habitée par le vide, par le silence. Quelques charognards survolent, balaient le ciel dans l’espoir de trouver la carcasse en décomposition d’un de ces chiens trop maigres pour aboyer.






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