C’est dans le fief de M. Rivière que nous avons décidé de le rencontrer en ce lundi matin de septembre. Il est 10 heures, le Collège Canado-Haïtien vient de sonner pour la récréation et le professeur termine à peine son cours de philosophie générale. Dans le hall du premier étage, tout dans cet homme grand qui nous reçoit avec le sourire incarne le respect, la discipline et le sens du travail bien fait. Arborant un costume noir, une chemise blanche, une cravate à rayures et des souliers noirs bien cirés, ce géant à la peau basanée et aux cheveux poivre et sel nous domine de la tête aux pieds.

Dans le bureau du Responsable du nouveau secondaire, rien de chic ni d’extravagant, sinon du matériel scolaire étalé sur sa table. Des livres, des crayons, des plumes, une agrafeuse, le journal du jour, entre autres, indiquant le souci d’un éducateur passionné charriant trente-quatre ans de carrière, qui ne fait pas de l’argent sa principale motivation. Il nous dit être un enseignant à l’affut de l’actualité, surtout des articles de presse relatifs au système éducatif. Le professeur de lettres de bientôt 55 ans est piqué par l’amour de sa profession, de ses élèves et n’imagine pas sa vie autrement. « Quand j’ai commencé, l’enseignement était un sacerdoce, et quoi qu’on fasse il le restera. Si on n’est pas passionné, mieux vaut se tourner vers autre chose », explique l’ancien élève du Collège Notre-Dame du Cap-Haïtien, avant que le son de cloche annonce la fin de la récré. « Excusez-moi, les élèves doivent rentrer en classe. »