Jeudi 11 avril 2019. Il est 17 heures passé. Le soleil a presque fini de brûler les taudis de La Grange, une localité de Bocozelles, 5e section communale de St-Marc. Au cœur de ce hameau planté dans une saline, à quelques dizaines de mètres d’un bras du fleuve Artibonite, le chemin d’enfants à moitié nus, de femmes au visage émacié et de cabots hystériques se croise dans des corridors, entre des murs faits de terre et de paille de riz. Sur ce point du territoire où le président Jovenel Moïse avait lancé la Caravane du changement, le 1er mai 2017, lors de la fête de l’Agriculture et du Travail, la misère prend des rides, le sentiment d’abandon se renforce, la déception  se mesure à l'aune des grandes espérances. Sans concession, le bilan des promesses non tenues est fait.

Avec des mots parfois mouillés d’acide, des habitants de La Grange, quartier vitrine de la Caravane, l’initiative-phare du début de quinquennat, accusent tout de go le président d’avoir « menti » lorsqu’il leur avait promis de ne pas les abandonner. Poussant la rime, comme le punch line d’une meringue, l’un d’eux estime que « le président n’est pas prudent ». « Le président n’est pas prudent parce qu’il nous a menti. Nous aurions été très imprudents si nous avions accepté que nos maisons fussent rasées pour permettre la construction de celles qu’il nous avait promises, que l’EPPLS devait construire », crache un jeune homme. L’eau n’a pas irrigué les canaux. Le crédit agricole est loin d’être accessible à tous. La coopérative agricole de Lagrange (Kopal) fonctionne mal ; la gestion du bloc de production est opaque, dénonce un autre jeune.