Depuis des années, le chef de file du spiralisme se présente comme un homme en fin de vie. Phase qu’il affirme traverser depuis son accident vasculaire-cérébral qui lui a laissé comme séquelle une surdité de l’oreille gauche. Mais son état de santé ne semble pas se dégrader à la vitesse qu’il se l’était imaginé. Il y a moins d’un an, soit en mai 2019, l’auteur de « Dezafi » a d’ailleurs publié sa dernière œuvre en date titrée « Incandescence ». Infatigable artiste aux multiples chapeaux, Franketienne ne s’est jamais lassé de créer en attendant sa mort qu’il a annoncée aux alentours de 2020. Sans donner de jour précis, cet homme qui avait toujours prôné sa spiritualité à sa manière avait prédit sa mort justement pour cette année qui s’est révélée fatidique pour l’humanité toute entière.

Dans une interview qui date de février 2013, le poète s’était exprimé en ces mots : « J’éprouve une immense angoisse, un épouvantable sentiment d’impuissance face à la dégradation du corps. Je ne veux pas rester au-delà de 84 ans et devenir un impotent. Je ne veux pas qu’on amène les enfants voir le vieux Frank Étienne sans que je puisse utiliser toutes mes facultés. J’ai la relative certitude que j'aurai le temps de terminer ma création artistique, littéraire, picturale et théâtrale. Donc je ne partirai pas avec le regret de n'avoir pas achevé une œuvre. Je déteste l'impuissance, c'est pour cela que j'ai travaillé au moment où j'avais toute la vigueur intellectuelle et j'y ai travaillé comme un monstre. Donc voilà pourquoi je pense que je partirai sans regret. J'ai choisi de parler à Dieu qui est en chacun de nous et je le lui ai demandé. Il y en a qui vont chercher Dieu dans les temples, mais Dieu est d'abord en chacun de nous, et malheur à celui qui aura vécu toute sa vie sans découvrir l'ombre du Créateur, du grand Maître. »