Dans cette entrevue accordée à Magik 9, l’ancien sénateur de l’Artibonite Youri Latortue a clairement affiché son opposition à ce nouveau code pénal publié par décret par l’exécutif dans le contexte où le Parlement haïtien est en dysfonctionnement. Le politique rappelle que le code pénal figurait au menu de l’agenda législatif et a d’ailleurs été déposé au Sénat en avril 2017.  « Cependant, le 30 avril, j’avais fait un discours pour dire qu’il nous faudrait au moins deux ou trois ans pour travailler sur ce code pénal que l’on avait déposé », a-t-il rappelé. À cette époque, des modifications avaient été apportées au texte. « Nous avions gardé tous les articles concernant les principes généraux de droit, mais nous avions modifié toutes les questions qui étaient en rapport avec la société haïtienne et nous avions aussi proposé d’autres articles, notamment sur la zombification. Ce code pénal a donc été publié tel qu’il était en 2017, sans les modifications apportées par le Sénat », a ajouté l’ancien sénateur, qui reconnait, néanmoins, que ses pairs avaient fait preuve de paresse puisque le travail d’analyse du texte ayant été terminé un an et demi plus tard, ils n’avaient jamais pu se réunir pour statuer sur le code. 

Pour lui, un code pénal a une fonction répressive, en ce sens qu’il dicte et punit les infractions, et une fonction expressive, en ce sens qu’il indique les valeurs partagées par la société. « Il y a une inversion des valeurs dans ce code. La majorité des choses que la société haïtienne n’accepte pas s’y retrouvent. Je parle de l’homosexualité, de la question de la majorité sexuelle, celle relative à la bestialité, l’alcool et l’enfance, la grâce et l’amnistie. Le décret ne représente pas une codification des valeurs de la société », affirme-t-il, accusant les membres de la commission qui avaient travaillé sur la rédaction du code d’avoir fait preuve d’une grande paresse intellectuelle, en reprenant avec de légers changements un code qui a été présenté par Laurent Fabius en 1986 en France.