Ce jeudi 5 novembre 2020, quatre artistes répondaient aux questions de Robenson Geffrard, sur les ondes de Radio Magik 9 : Rutshelle Guillaume, Fabrice Rouzier, Ashley Laraque et Darline Desca. Ils sont unanimes : la question de l'insécurité est inacceptable et concerne tout le monde. Cependant, être artiste est un métier tout comme celui de médecin, de journaliste ou encore de comptable. Selon Fabrice Rouzier, il serait injuste de demander à un artiste d'arrêter totalement ses activités. L’artiste doit continuer à performer, à produire s’il veut vivre de ses talents, de son métier. "C’est injuste de demander à un artiste d'arrêter ses activités pour manifester sa position par rapport à une situation même si cette dernière est grave", indique le musicien de Mizik Mizik. Il rappelle plus loin que certains artistes utilisent leurs oeuvres pour prendre position.

Visées de plein fouet sur les réseaux sociaux suite à de récents commentaires, les chanteuses Darline Desca et Rutshelle Guillaume rappellent que les artistes sont des personnes avant tout et sont eux aussi victimes de la situation. "Les artistes sont parmi les plus exposés à l'insécurité. Nous travaillons généralement la nuit pour apporter un peu de réconfort à une population meurtrie [...] Ce n’est pas que nous sommes insensibles, nous exerçons seulement notre métier", indique Darline Desca qui avait la veille exprimé sa position dans un tweet controversé. Rutshelle Guillaume a, quant à elle, rappelé avoir, à plusieurs reprises, rendu visite à des victimes de l'insécurité. "J’ai aussi alerté sur la question à travers un de mes tweets [...] Et je le dis souvent, on est tous dans le même bateau. Si des gangs ont pu opérer chez moi, dans le quartier où j’habite, personnes n’est à l'abri de l'insécurité", indique la voix de "Kite m kriye". Les deux dames ont expliqué avoir modifié leurs habitudes de travail afin de mieux gérer leur sécurité, allant des fois jusqu'à refuser un contrat.

Pour Ashley Laraque, les artistes ont certainement la capacité de motiver et de sensibiliser, mais ils doivent être sollicités et il leur faut aussi faire fi de la peur. "Izolan et T-Jo Zenny ont récemment gagné les rues lors du mouvement #PetroCaribeChallenge : ils ont été critiqués", rappelle le comédien. Selon lui, le public ne devrait pas en vouloir aux artistes. Pour lui, chacun a le droit d’exprimer ses positions à travers le canal qu’il veut ; généralement pour les artistes, c’est à travers leurs oeuvres. Dénonçant l'intolérance, notamment au niveau des réseaux sociaux, le comédien croit qu’il y va de la liberté d’expression des artistes. Une position que partagent Rutshelle et Darline, les deux femmes de ce panel de discussion. "Nous sommes dans une position où nous ne savons plus comment nous comporter au final", a déclaré Rutshelle. "C’est comme si nous n'étions pas des êtres humains ou que des actes d'insécurité nous touchaient moins que les autres", a renchéri Darline Desca.

Répondant aux critiques autour du manque d’engagement des artistes haïtiens comparativement à certains artistes d’ailleurs, l'humoriste indique que les artistes d’ailleurs ont certaines garanties que ceux d'Haïti n’ont pas. La chanteuse Rutshelle avait, plus tôt au cours de l’entrevue, abondé dans le même sens en soutenant que les artistes sont connus de tous et par conséquent très vulnérables. 

Pour les quatre stars, l'insécurité généralisée, la mort d’Evelyne Sincère sont inacceptables. Ils se rejoignent aussi sur le fait que la société tout entière doit s’unir pour combattre ce fléau. "Que chacun s’engage comme il peut le faire, dans son quartier, par exemple, pas seulement en "foulant le macadam" ; c’est important, mais s’engager comme on peut", a suggéré Fabrice Rouzier. "Nou tout ka yon Evelyne. Il est grand temps qu’on en finisse avec ces crimes", a martelé Darline Desca.

Signalons que plusieurs artistes et formations musicales, dont Rutshelle et Darline, ont annoncé l’annulation de leurs activités, certains le temps d’une semaine, en vue de manifester leur désarroi face à l'insécurité généralisée. Ils entendent par cette décision exiger que justice soit rendue à Evelyne Sincère.