Aux âmes bien nées la valeur, n'attend point le nombre des années. Cette phrase tirée de "Le Cid" de Pierre Corneille prend tout son sens en cette journée du 20 janvier 2021 où le monde a les yeux tournés vers la Maison-Blanche, à Washington D.C. Amanda Gorman, jeune poète de 22 ans, se détache du lot de cette journée historique qui aura été marquée par les prestations artistiques de Jennifer Lopez et de Lady Gaga. Référée au comité d‘organisation par la première dame Jill Biden, fan de son travail, la jeune femme délivre un vibrant message dans "The Hill We Climb" (la colline que nous gravissons, en français) que ne sont pas près d’oublier la poignée d’invités qui ont assisté physiquement à la cérémonie d’investiture et les millions de personnes qui l'ont suivie à travers les médias. Avant elle, cinq autres poètes dont Maya Angelou (qu’elle décrit comme son modèle et mentor) avaient eu ce privilège. 

Née à Los Angeles en 1998 avec sa sœur jumelle Gabrielle, Amanda se découvre un goût poussé pour la poésie alors qu’elle est encore sur les bancs de l’école. « C'est en troisième année, grâce à mon professeur Shelly Fredman qui est un auteur, que j'ai commencé à me prendre au sérieux en tant qu'écrivaine et poétesse. Elle m'a encouragée à continuer à écrire, même si j'étais hors sujet (et, Dieu sait comment j'étais hors sujet à chaque fois !). Elle me faisait des sandwiches au beurre de cacahuètes et à la banane aux formes faites par des emporte-pièces, et s'assurait que je me sentais valorisée en tant qu'écrivaine. C'est dans ce cours que j'ai écrit mon premier recueil de poèmes (sans titre), qui traitait de la façon dont je me sentais seule et étrange. Je ne faisais pas partie de la clique de mon école, je m'entendais mieux avec mes professeurs qu'avec les élèves de mon âge... et je n'avais pas l'impression que le fait d'être une fille noire maigre, cérébrale, toujours perdue dans ses rêves, et souffrant d'un trouble de l'élocution contribuait à ma popularité. Mais j'ai trouvé le pouvoir d'écrire sur le fait d'être en dehors de la "foule", et j'ai continué à écrire depuis », confie celle qui s’est aussi essayé à l’aquarelle, a appris quelques accords au piano et à la guitare, et écrit quelques chansons, avant de se focaliser sur la narration et la poésie. Sa mère, professeure d'anglais au collège public, l’encourage aussi vers la poésie, "une arène dans laquelle je pouvais m’exprimer librement", pour conjurer son problème de bégayement.