« LES VILLAGES DE DIEU » d’Emmelie Prophète, paru en octobre 2020 aux éditions Mémoire d’Encrier, est un roman naturaliste d’une grande lisibilité. Il raconte avec un grand sens de l’observation la vie dans les ghettos de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti. La part d’humanité tombe en ruine dans Port-au-Prince encerclée de taudis, de maillage de corridors tentaculaires. La république insignifiante, peureuse, tremblant sur ses bases vermoulues est avalée dans un grondement de misère et de feu nourri des bandits. Ces malfrats, ces maîtres de l’instant présent, sèment la mort à toute heure du jour et de la nuit pour incarner dans tous les esprits cette loi non inscrite dans les livres : la durée de vie ici est de vingt quatre heures renouvelable.
J’ai commencé à lire ce roman captivant bercé par les vagues d’une prose de poète ; je cheminais entre les lignes qui mettaient à nu les blessures de Célia Jérôme, dit Cécé la Flamme, une jeune fille, sans état d’âme, accrochée à l’amour tarifé tout comme à son portable d’influenceuse sur les réseaux sociaux. Je circulais, par procuration, à travers les yeux, les oreilles, l’odorat, le goût et le toucher de la narratrice, dans ces cités pécheresses frappées de noms de lieux sortis de l’imaginaire des enfants d’Israël : Puissance divine, Béthléem, Source Bénie, Mains-de- Jéhovah, pour ne citer que ces milieux. Tout à coup, ce n’est plus la magie de la lecture qui m’emporte, c’est plutôt les pensées, les interrogations qu’elles suscitent en moi. « LES VILLAGES DE DIEU » me contraint à poursuivre la lecture, plume en main.






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