« C’est tellement surréaliste. Je ne peux même pas te dire ce que je ressens », se réjouit Gessica Généus, la voix empreinte d’émotion. « Cela fait 23 ans qu’il n’y a pas eu de longs métrages haïtiens à Cannes. Depuis L’homme sur le quai de Raoul Peck », Freda est le deuxième long métrage haïtien qui va à Cannes. C’est la première fois que l’on a la chance d’avoir un film haïtien avec ce niveau international, filmé entièrement en Haïti et entièrement en créole. Raoul Peck, à cause de la dictature et tout ce qui se passait en Haïti n’avait pas pu tourner en Haïti, il avait dû le faire en République dominicaine », raconte la réalisatrice, qui parle d’un lieu légitimé. Il y a certes eu Michelange Quay, mais c’était avec un court métrage titré «L’évangile du cochon créole» en 2004.

Freda, comme l’indique Gessica Généus, est une fiction. Mais le scénario est bien ancré dans la réalité. « C’est une histoire qui est très connectée à ce que vivent pas mal de jeunes femmes en Haïti. Je dis jeunes femmes parce que le film est centré autour d’une famille matriarcale, la mère et ses trois enfants (2 filles et 1 garçon). Mais en fait je parle des jeunes de ce pays, qui ont le sentiment de ne jamais être clair sur ce qu’il faut faire. partir ou rester. Se battre ou abandonner. Comment se battre ? Les choix. Rester intègre par rapport à ces choix malgré tout. Comment arriver à faire cela dans un pays qui teste constamment notre capacité à rester fidèles à nos valeurs et à qui nous sommes. J’ai toujours voulu faire le portrait de cette femme à travers un film et Freda c’est ça principalement », explique cette artiste consciente que l’on a vu prendre des positions et militer en faveur de meilleures conditions de vie en Haïti.