Définitivement la vie à Port-au-Prince, c’est l'empire du bruit. Je n’ai jamais imaginé la capitale d'Haïti sans l'omniprésence des sons. On le sait, l’électricité, dans les quartiers populeux, n’est pas toujours utilisée à bon escient. Elle est utilisée pour propager du bruit tous azimuts dans les quartiers de la première ville du pays. Le vacarme des émissions de nouvelles, d'analyses politiques interminables, les meringues que nos ondes répercutent loin très loin montrent qu'on est dans la ville de Port-au-Prince.
Dans nos quartiers bourdonnant de petits démêlés, l’individu n’aime pas écouter la radio pour lui-même. Il le fait pour tout le voisinage. Parfois, c'est la guerre des décibels : les temples ancrés dans les quartiers rassemblant durant toute la sainte journée des fidèles en prière qui demandent à Dieu un visa pour quitter définitivement Haïti, un mari pour l’aider à supporter le fardeau de la vie, une guérison imminente pour le malade qui a trop trainé dans des hôpitaux en grève. Toutes ces voix porteuses des douleurs du pays créent un beau raffut capable de réveiller les morts. Le boum-boum des cymbales, les chansons tonitruantes répercutées dans des haut-parleurs polluent l’environnement.





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