Il sonne le lambi. Turgot Théodat, comme cette veille habitude dans nos villes de provinces, signe le rassemblement. Il met fin brutalement aux multiples discussions des premiers arrivés qui s’étaient donné d’autres occupations pour mieux digérer le retard de plus d’une heure accusé par les organisateurs. Ce calme est propice à la voix de Farah Joseph pour remuer au cœur du public les paroles cuisantes de la deuxième et de la quatrième strophe de la Dessalinienne qu’elle interprète en créole.

L’émotion et la rage qui dissimulent sa belle voix lèvent le voile sur toute équivoque qui pouvait prétendre à un spectacle réalisé dans le but de divertir. Le temps est au recueillement, à la méditation. Lyonel Trouillot a d’ailleurs trouvé les mots pour le contextualiser. « La meilleure façon d’honorer leur mémoire et de les maintenir en vie, c’est de continuer à mener le combat entre une majorité qui aspire au changement et une minorité qui y dresse une résistance », martèle l’écrivain.