Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur Haïti ont laissé dans leur sillage des morts, des disparus et des dévastations. Le bilan provisoire fait état de 42 morts. Léogâne, dans l’Ouest du pays, est l’une des villes les plus touchées par ces intempéries pour lesquelles le Système de gestion de risques et des désastres n’avait émis aucune alerte graduée à la population. Les Haïtiens ont été surpris par les crues éclair, la montée des eaux et sa cohorte de malheurs. En pleurant nos morts, il faut -- même si ce n’est pas notre fort -- comprendre les défaillances, apprendre les leçons de cette tragédie. L’alerte aurait dû être lancée. Le matraquage habituel d’informations sur ces menaces aurait pu faire une petite différence, ici où, quoiqu’on dise, des téméraires ont été emportés en traversant des rivières en crues. Il est aussi un fait que partout ailleurs, ce niveau de précipitations aurait provoqué des dégâts, des crues, des glissements de terrain. Mais Haiti, qu’on se le dise, paie en général un plus lourd tribut aux intempéries. Les causes sont connues. La dégradation avancée de nos bassins versants est connue depuis plusieurs décennies. Il n’y pas de gestion scientifique de nos ressources ligneuses. Nous n’avons pas de forêts énergétiques pour satisfaire une bonne partie des besoins d’énergie de cuisson. Nous brûlons des millions de tonnes métriques d’arbres.

L’Etat, la société civile assistent au saccage systématique des parcs et des forêts, classés « aires protégées » comme Macaya, La Visite, Forêt des Pins. On détruit des écosystèmes, provoque la disparition d’espèces dont des régénérateurs naturels de l’habitat sauvage. Des populations dont les pratiques suicidaires à long terme favorisent des hausses de température, se plaignent des épisodes de sécheresse. Et la terre arable, ce « sang jaune » que nous faisons mine d’ignorer le long des côtes, écrit la chronique du déclin de notre productivité agricole. En flanc de montagne, dans des vallons, dans des gorges, au nom de la survie, l’agriculture se poursuit. Comme l’urbanisation sauvage de nos plaines jadis agricoles, en dehors de tout plan d’aménagement du territoire. On ne parle même plus ces dernières années de profilage de berges, de réhabilitation de nos bassins hydrographiques. Les ministères de l’Environnement, de l’Agriculture, des Travaux publics ont d’autres chantiers prioritaires, semble-t-il. Au niveau du littoral de la baie de Port-au-Prince, de Terre-Noire à Martissant 23, on ne compte plus les canaux obstrués par des sédiments et des détritus. Avec les effets du réchauffement climatique, des intempéries comme celles de ce week-end sont des phénomènes avec lesquels il faut compter sur une base de plus en plus régulière. Pour les zones sinistrées, les Haïtiens devront compter, en grande partie, sur eux-mêmes. Des dépôts où la protection civile et le PAM avaient stocké aliments et équipements ont été pillés lors des manifestations de l’an dernier.