Dans le volume I de son ouvrage "Ruptures et compromis: l’écriture d’une nouvelle histoire économique d’Haïti pour intégrer la modernité”, publié cette année chez C3 Éditions, Mathias Pierre cherche à remonter les racines de nos maux actuels. Pourquoi les rapports d’exploitation entre les structures sociales persistent dans la société haïtienne plus de deux cents ans après l’indépendance ? Voilà l’une des questions auxquelles l’auteur tente de répondre.

Historiquement, note Mathias Pierre, deux grandes ruptures ou cassures se sont déjà opérées sur cette terre: la première fut celle d’avec la société précoloniale, laquelle a eu pour conséquences l’extension des Taïnos et la naissance d’une nouvelle société colonialiste; la deuxième, celle de 1804, d’avec la société coloniale esclavagiste au profit d’une nouvelle société néocoloniale contrôlée par les anciens libres. « La configuration sociétale générée au terme de ces ruptures demeurait jusque-là injuste, faute d’un consensus minimal capable de rassembler ou de faire asseoir sur la même table dialogique la collectivité des intérêts particuliers de groupes », déduit l’auteur.