Il y a longtemps que le secteur privé haïtien a compris que le non-contrôle de la frontière par l’État haïtien est une menace pour la stabilité du pays et contribue à la chute vertigineuse de la production nationale. Cependant, jusqu’avant le séisme du 12 janvier 2010, il existait un certain contrôle à la frontière. « Après la catastrophe, il y avait une nécessité d’ouvrir davantage les frontières, depuis cette date, l’État haïtien n’a pas pu reprendre le contrôle de la situation », se désole Georges Sassine, ancien président de l’Association des Industries d’Haïti.

Pour comprendre la différence entre l’avant et l’après séisme, il faut comparer les chiffres des échanges commerciaux entre les deux pays durant les deux périodes. « En 2001, il n’y avait toujours qu’un faible déficit commercial - moins de 100 millions de dollars - en faveur de la République dominicaine. Toutefois, au cours des 12 années suivantes, les importations haïtiennes ont explosé - passant de 208 millions de dollars en 2002 à plus de 1 milliard de dollars en 2013 -, tandis que les exportations vers nos voisins de l'Est ont à peine fléchi. En 2015, la République dominicaine a officiellement exporté environ 1 milliard de dollars de marchandises vers Haïti, mais n'en a importé que pour 4 millions », rapporte une étude de Center for strategic and international studies (CSIS) sur la frontière haïtiano-dominicaine publiée en mars 2019 et financée par l’USAID.