Mes lecteurs préférés m’inspirent. Ils me suscitent à demeurer dans un univers livresque. À habiter les pages. À marcher main dans la mains avec les personnages. À explorer la vie. Mon oncle m’a appris qu’on n’a pas besoin de lire quotidiennement pour être un grand lecteur. On peut lire une page par jour. Un poème chaque mois. Un récit chaque année. Un vrai lecteur, ce n’est pas un lecteur qui lit tout le temps, mais plutôt un lecteur qui respire les livres au quotidien. Après avoir lu un quatrain de François Cheng, il entend au fond de lui le chant du poème. Il sourit. C’est aussi un lecteur qui est toujours au cœur de ses livres. Qui souffre avec eux. Je trouve cette capacité chez Borges. Quand Borges nous parle d’un livre, on a parfois la sensation qu’il vient à peine de le fermer. Tout est frais dans la clarté de son esprit. Chaque livre qu’il a lu prend ses quartiers en lui. Borges, c'était un lecteur habité. Chaque lecture s'insérait dans sa vie comme une part de lui-même.
Je crois aussi qu’un grand lecteur est un lecteur qui nous aide à découvrir les zones d’ombre de nos lectures. Une phrase de Umberto Eco peut vous aider à comprendre le point aveugle de toute l’œuvre de Flaubert. SI on l'a lu bien sûr. Mes lecteurs préférés sont aussi importants que mes écrivains. C’est grâce à eux que je trouve un peu de courage pour rechercher les trésors, les mystères. C’est grâce à eux que je m'attache à cette flamme qui brûle mon âme de lecteur. Mais aussi, je suis conscient qu'un grand lecteur est un cimetière de voix qui marche, qui respire, qui déambule. Il a le pouvoir de ressusciter les silences brisés, les silences fracassés pour que réellement les livres arrivent à vivre pleinement en eux : dans leurs cœurs, leurs pensées et leurs regards.






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