La Fédération Haïtienne de Football a annoncé le jeudi 8 mars 2024 la nomination d'un nouveau sélectionneur en la personne de Sébastien Migné. Celui-ci aura la lourde tâche d'emmener la sélection haïtienne señor vers une deuxième participation à un mondial et espérer vaincre le signe indien. Après cinq qualifications à une phase finale de Coupe du monde (toutes catégories confondues), si cette stat rend fière, le bilan comptabilisé durant les compétitions est le revers de la médaille. 

Trois contre-performances à chaque participation : voilà une tendance chez les sélections nationales dans les phases finales de Coupe du monde. Aucune des générations n’a échappé à ce qui constitue dorénavant une règle. Le problème est profond. C’est même une histoire.

C’est l’histoire des années de conquêtes puis de boulettes. L’histoire d’un temps de lumière et après de trous noirs. L’histoire d’un mal abyssal qui, à force de perdurer, pèse dans les têtes. L’histoire d’une sélection qui cherche dans ses exploits un brin de satisfaction. En bref, l’histoire d’Haïti qui, après cinq participations à une phase finale de coupe du monde, court toujours après son premier succès. Alors, pour bien mesurer le côté spectaculaire de cette catastrophe, il faut remonter à la source.

La révélation

La décennie 70 est considérée par beaucoup d’observateurs comme l’âge d’or du football haïtien. Il y a eu tout : talents, résultats et exploits. Mais, bien avant d’étaler les performances des années de cette décade, il faut jeter un coup d’œil aux années antérieures.

En juillet 1953, Haïti devient le premier pays de la confédération caribéenne (CCCF) à disputer un tour préliminaire de Coupe du monde. Certes, le Cuba a joué le Mondial français de 1938, mais à l’époque, celui-ci faisait partie de la NAFC (North American Football Confederation) qui regroupait également le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Si pour notre première, on était passé à côté de la plaque, pour notre deuxième en 1969, la chance ne nous a pas souri. Après avoir passé le premier tour et les demi-finales aux dépens des USA (2-0; 1-0), Haïti a buté sur le Salvador. Pourtant, les Grenadiers avaient rectifié le tir au match retour en s’imposant (3-0) après leur défaite (0-1) au match aller. Avec ce résultat, aujourd’hui Haïti aurait empoché logiquement son billet sauf qu’à cette époque en cas d’égalité, la règle stipulait un match d’appui pour le départage. Ce match d’appui, Haïti l’a perdu (0-1) après prolongation.

Quatre ans plus tard, c’était la bonne. Déjà finaliste au championnat de la CONCACAF en 1971, la 6e édition, organisée deux ans plus tard, servait de cadre aux éliminatoires de la Coupe du monde de football 1974. La phase finale de ce tournoi a été jouée à Port-au-Prince et Haïti l'a remportée haut la main, empochant dans la foulée l’unique billet disponible pour la zone. Arrivée en Allemagne dans le groupe IV, Haïti était consciente qu’elle était déjà à son paroxysme. Car, affronter l’Italie, ce n'est pas affronté uniquement le double champion du monde, mais c’est affronté aussi : Giacinto Faccetti, 2e du Ballon d’or 65, Luigi Riva, deux fois sur le podium de Ballon d’or (2e en 69, 3e en 70), Gianni Rivera (Ballon d’or 69) et surtout Dino Zoff, le meilleur gardien de l’époque contre qui, après avoir marqué un but, l’euphorie nous a submergé. C’était aussi joué l’équipe polonaise emmenée par Kazimierz Deyna qui était redoutable dans cette décennie 70. Alors là, les défaites étaient plus qu’évidentes.

Un échec gagnant

Tout laissait augurer d’autres participations à cette compétition et bien sûr cette fois-ci avec en prime une victoire. Sauf que mal leur a pris. Haïti a terminé deuxième au championnat de la CONCACAF de 1977 servant d’éliminatoire pour le mondial mexicain, laissant du coup le champ libre au Mexique qui décrocha l’unique billet. Après, ce fut le néant. Haïti a laissé le football évoluer sans elle, faisant de son côté du surplace. Malgré les nombres de participants sont passés de 16 à 24 en 1982, de 24 à 32 en 1998 et de 32 à 48 en 2026, Haïti peine toujours à voir le bout du tunnel. À la fin de la décennie 90, un projet a été mis en place pour pouvoir participer à nouveau à un mondial, soit celui de 2006. Evans Lescouflair, secrétaire d’État aux Sports et au Service civique à cette époque, a été l’auteur de ce programme baptisé « Opération 2006 ». Si ce programme est un échec dans le fond, car l’objectif fixé n’a pas été atteint, il est quand bien même un succès dans la forme puisque Haïti a su se qualifier pour une autre phase finale de Coupe du monde.

En effet, des joueurs issus de l’Opération 2006, tels que Widner St-Cyr, Mechak Jerôme, Peterson Desrivières, Herold Jr Charles, Peterson Joseph et Bitielo Jean-Jacques ont porté cette sélection qui a remporté le tournoi d’Amérique du Nord, centrale et Caraïbes de football des moins de 17 ans. Ce qui leur donna droit de se rendre en Corée du Sud. Héritée du groupe D, qui comptait le Nigéria, le Japon et la France, Haïti a eu un bilan mitigé. Deux défaites et un nul face à la France.

L’inexpérience snoba le talent

Onze ans après, Haïti revient sur la scène planétaire. La sélection haïtienne féminine des moins de 20 ans pour cette année 2018 s’est qualifiée pour le mondial français. Une qualification arrachée dans la douleur. Elles avaient à cœur de prendre leur revanche sur le Canada dans ce match de classement. Et elles l’ont fait.

Qualifiée pour la Coupe du monde, cette sélection inspirait la confiance tant le talent, l’envie, le courage, la fougue était là. Héritant du groupe D composé de l’Allemagne, du Nigéria et de la Chine, toutes des habituées de cette compétition, Haïti a évité le pire. L’espoir s’est alors fait remarquer. On voyait ces filles réalisées l’impensable d’autant que ces formations restaient sur des performances étriquées lors de la dernière édition : la Chine n’a pas été qualifiée, le Nigéria a laissé la compétition dès la phase de groupe, la France elle, a montré la porte de la sortie à l’Allemagne en quart de finale.

Face à la Chine (1-2), le Nigéria (0-1) et l’Allemagne (2-3), Haïti a montré tout ce qui pouvait changer la donne, c’est-à-dire obtenir des victoires au lieu de ces revers. Mais, l’inexpérience a snobé cette vaillante équipe qui a dû quitter tôt la compétition de la même manière que ses prédécesseurs.

Un an plus tard (2019), une autre génération rentra dans l’histoire. La U-17 masculine s'est hissée au rang des meilleures. Elle était placée dans le groupe C aux côtés de la France, du Chili et de la Corée du Sud. Trois défaites ont été enregistrées respectivement (0-2), (2-4) et (2-1).

La maturité oui, la victoire toujours pas

Pour la 9e édition de la Coupe du monde féminine de football, Haïti a honoré le monde de sa présence. Une belle équipe à l'ossature de cette génération qui créait la sensation en 2018 dans la catégorie U-20. On pestait tant le niveau du groupe était élevé mais au fil des matches l'espoir grandissait. Au final, rien a changé à la règle. On a bouleversé l'Angleterre (0-1), on a bataillé avec la Chine (0-1) puis abandonné devant le Danemark (0-2).

Vaincre le signe indien

Le football haïtien connaît un moment des plus difficiles. Le comité de normalisation peine à remplir ses fonctions, les marges de manœuvres sont totalement réduites. Toutefois des possibilités restent en ligne de mire. En premier lieu avec la sélection masculine U-20. Cette formation jouera le championnat masculin U-20 de la Concacaf du 19 juillet au 4 août. Une compétition servant de qualification pour la coupe du monde de la FIFA (U-20) qui se tiendra au Chili. Menée par Angelo Jean-Baptiste, cette équipe veut écrire l'histoire. L'heure est de mettre les bouchées doubles. En second lieu, la formation senior masculine. En 2026, le nombre de participants passera de 32 à 48, ce qui dit que sur le papier, le pourcentage de jouer un mondial est augmenté pour Haïti. Mais au fond, l'espoir est minime. Toujours est-il que le peuple haïtien attend un nouveau 74. Un 74 moderne avec l'accessibilité de gonfler à bloc derrière nos Grenadiers. Ce nouvel entraîneur pourra-t-il réaliser l'impossible ? L'avenir nous le dira.