Dans 614 jours, le Conseil Présidentiel de Transition et son premier ministre devront transmettre le pouvoir à de nouveaux élus.

614 jours cela fait beaucoup. Pourtant, au rythme auquel nos responsables agissent, on se demande déjà si cela sera suffisant.

Dans la liste, déjà longue, des étapes inutiles accomplies par le CPT, ce 3 juin 2024 est à marquer d’une pierre blanche. Le Conseil a invité la presse à faire le déplacement à la Villa d’Accueil pour « couvrir une brève cérémonie de remise d'une copie de l'ampliation de l'arrêté nommant le citoyen Garry Conille au poste de Premier ministre ».

De mémoire de journaliste, cette étape solennelle est rare. D’autant plus qu’aucune date n’est dévoilée pour l’installation du premier ministre dans ses fonctions ni pour l’annonce de la composition de son gouvernement.

Aujourd’hui, on ne sait pas qui est premier ministre en charge de la République : l’intérimaire Michel Patrick Boisvert ou le nommé Garry Conille ?

Dans les faits et selon les lois de la République, le premier ministre sitôt nommé est premier ministre et c’est seulement à ce titre qu’il peut choisir ses ministres, constituer son cabinet. L’installation est un détail.

En fait, le chemin protocolaire qui se déroule depuis le choix de Garry Conille cache mal l’embarras des Conseillers de transition. Conille leur a été donné par « immaculée conception ». Après ce passage obligé, les Conseillers se battent pour imposer leur choix dans la constitution du cabinet ministériel.

La bataille pour occuper les allées du pouvoir se poursuivra pour la séparation des directions générales et va prendre encore quelques jours dans le calendrier de la transition.

L’enjeu est de taille. Chacun veut sa part des dépouilles de la République.

À la fin, soit les parties arrivent à un équilibre qui leur permet de cohabiter, soit le Conseil se réduit à une peau de chagrin, soit le premier ministre se transforme en appendice inutile.

L’avenir dira, mais les jours passent. Haïti attend que ses chefs cessent de tergiverser. Le poids de la réalité risque de tout écraser.