C’est un paradoxe. En Haïti, pays où sévit des conditions sociales et économiques difficiles, la majorité des programmes sociaux n’arrivent pas à atteindre les objectifs définis par le gouvernement ou les organismes d’aide.

Depuis maintenant plusieurs années, des fonds mis à disposition d’Haïti par le Fonds monétaire international (FMI) ne sont pas dépensés au bénéfice des plus pauvres.

La raison : on n’arrive pas à les identifier en assez grand nombre. Depuis une dizaine d’années, les listes pour atteindre les plus pauvres sont figées à quelques centaines de milliers de personnes. C’était le cas avant et pendant la crise Covid, avant la crise sécuritaire et aujourd’hui encore.

Quand ce ne sont pas les listes qui posent problème ce sont les méthodes de reddition de comptes des organes du secteur public qui ne sont pas fiables.

Dans certains domaines comme l’éducation, c’est le choix de servir avant tout les élèves et parents du secteur public qui réduit le nombre des bénéficiaires. L’éducation en Haïti est une affaire du secteur privé à plus de 90%. Totalement compréhensible que la masse des bénéficiaires ne soit pas dans le secteur public.

Allez expliquer aux bailleurs de fonds et aux hommes politiques haïtiens que l’on peut être pauvre en Haïti et fréquenter une école privée… ils refusent de le comprendre.

Autre déconvenue que l’on peut découvrir dans un article en Une de cette édition : les institutions de la société civile ne sont pas représentatives. Le cas de la subvention accordée pour réduire le coût de la facture des produits pétroliers pour les chauffeurs est un bon exemple. Les syndicats n’ont pas pu distribuer les millions qui étaient à leur disposition faute de membres. Et les chauffeurs de taxi moto très nombreux n’ont pas de syndicat.

En Haïti aider les pauvres est un casse tête pour les Organisations non gouvernementales aussi. La seule différence entre elles et l’Etat haïtien, elles sont crues sur parole par les bailleurs de fonds internationaux même si les résultats concrets sont difficilement quantifiables.

Pour ne rien simplifier, état civil, identification formelle et domiciliation de la population est un immense labyrinthe dans un pays où l’imagination des racketteurs est infinie.