Chaque fois qu'il y a une crise en Haïti, je lis beaucoup plus de poésie que de romans. Comme si la poésie était un moyen de fuir le monde, d'apaiser un peu la peine et la nostalgie. Je suis un lecteur indiscipliné en poésie. Je ne lis pas de la poésie comme on lit un roman ou une nouvelle. Je lis de la poésie comme on sirote un café brûlant avec ses amis, doucement. La poésie, c'est d'abord une conversation. Une conversation avec l'auteur. Le bruit intérieur de l'auteur. Pour écrire un poème, il faut avoir quelque chose dans le ventre, dans le cœur, dans l'âme. La poésie, ce n'est pas seulement des mots, des verbes, des métaphores ou des images. Pour moi, la poésie, c'est d'abord soi. C'est ce que notre cœur veut livrer au monde. J'aime les images qui portent de la rage, des métaphores qui peuvent nous arracher au monde.

Depuis cette crise à Port-au-Prince, je lis un poème de temps en temps pour résister. Aujourd'hui, lire à Port-au-Prince, c'est résister. Résister contre le bruit des balles, contre le découragement, contre la mort lente. Et je lis pas mal de jeunes poètes haïtiens. La poésie est là. L'héritage est vivant. J'ai découvert un poème de Sandlyne Narcisse il n'y a pas longtemps. Le poème m'a choqué. Il m'a arraché à moi-même.