Sur Google, si vous tapez « palais national Haïti », le moteur de recherche vous propose comme adresse Delmas 60, Musseau. Le siège de la présidence haïtienne a déménagé, celui de la primature aussi, comme les résidences de dizaines de milliers de Port-au-Princiens.

Au palais comme dans les familles ordinaires, chacun se dit que le déplacement est temporaire et la nouvelle adresse provisoire, quand adresse à proprement parler il y en a; dans la majorité des cas, les déplacés trouvent refuge chez un proche, un ami. Le temps fait mentir les prévisions optimistes et les fuites deviennent des exodes.

Souvent on est déplacé une fois, deux fois, trois fois et l’on doit rester constamment sur ses gardes, se préparer à fuir à nouveau pour échapper à la cruauté sans limite des gangs. Les plus pauvres, les institutions établies et  la présidence d’Haïti sont logés à la même enseigne.

Si les organisations internationales parlent de plus de 40 mille déplacés ces dix derniers jours, le nombre d’habitants de la capitale qui fuient la violence des gangs depuis 2021 se chiffre à des centaines de milliers. À chaque nouvelle attaque contre un quartier, une nouvelle vague de déplacés se met en mouvement.

La force de frappe des gangs a changé la répartition de la population dans toute la région métropolitaine.

Ces derniers jours, l’avenue Martin Luther King, la fameuse ruelle Nazon, et toute une partie de l’avenue Poupelard, sont devenues impraticables, invivables. Non seulement la circulation automobile et celle des piétons ont cessé, mais les maisons se sont vidées. De même que dans les quartiers limitrophes de Solino.

La police et autres forces de sécurité résistent. Font de leur mieux pour contenir l’avancée des territoires perdus, mais la bataille est rude. Les attaques ne cessent pas ; et, chaque jour, chaque heure, augmente les périls sur le front de l’insécurité.

La violence modèle une nouvelle géographie de la capitale haïtienne. Port-au-Prince et ses villes satellites rétrécissent chaque jour un peu plus.