Une équipe du Nouvelliste a visité Kenscoff, mercredi 12 février 2025, et a pu cerner les trois mondes qui cohabitent dans la commune.
D’abord, il y a le Kenscoff éternel. Le petit bourg de villégiature est devenu une commune avec ses chalets, son église, sa mairie, son commissariat, ses écoles, son marché et ses boutiques. Ce Kenscoff existe toujours. La ville et ses habitants ont peur mais continuent de vivre.
Il y a un deuxième Kenscoff, celui de « je loge chez un parent ou chez un ami ». Ils sont nombreux ces déplacés mais ils n’entrent pas dans les décomptes des hébergés dans les camps. Ils sont mieux lotis que les autres évacués de force.
Ce deuxième Kenscoff est aussi celui des sites où logent les réfugiés internes qui ont dû fuir depuis le 27 janvier dernier leur domicile et la vie sur des terres en majorité agricoles, qu’ils habitent, pour la plupart, depuis des générations. Ils vivent au jour le jour dans des conditions difficiles et invoquent quand ils parlent leurs cultures que plus personne n’arrose et leurs bêtes que plus personne ne nourrit. Les plus chanceux sont arrivés avec un baluchon et quelques effets, la grande majorité n’a rien pu récupérer avant d’échapper à la furie des envahisseurs. Pour manger, se chauffer, se laver, ils attendent de l’aide.
Le troisième Kenscoff, les journalistes du Nouvelliste n’ont pas pu y accéder. C’est le Kenscoff où les opérations des forces de l’ordre se poursuivent. C’est loin du centre-ville de la commune. Les inconnus qui s’y aventurent peuvent perdre la vie.
Aujourd’hui, on est loin du Kenscoff des temps anciens, du Kenscoff des bals et des flâneries, loin du Kenscoff qu’on visitait après 30 kilomètres de route pour déguster un « griyo », une « bible », des verres de Kanpe king, de café du soir. Le Kenscoff d’aujourd’hui est celui de la peur de la violence et de l’inquiétude du lendemain.
Kenscoff semblait, il n’y a pas longtemps, très loin de Port-au-Prince et de ses déboires, aujourd’hui les deux villes sont proches, connaissent les mêmes problématiques et envoient le même message: celui qu’aucun endroit du pays n’est à l’abri de la rage meurtrière des gangs et de l'impréparation de l’État à y faire face.




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