On savait que Franck n'était pas en bonne santé. On savait un jour ou l'autre qu'il s'envolerait vers les étoiles. Avant ou après nous. Mais on redoutait toujours l'idée selon laquelle ce mapou serait tombé. Frankétienne, de son vrai nom Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d'Argent, est immortel, pense-t-on toujours. Ou du moins il n'avait pas peur de la mort. Il allait jusqu'à prédire sa mort, il y a quelques années. La semaine précédant son départ pour l'éternité, le poète Annivince Jean-Baptiste du Festival Entènasyonal Literati kreyòl ( FEL ) nous a indiqué du doigt, à l'arrière d'un taxi-moto, l'allée murale clôturant la maison de Frankétienne, à Delmas 31. Autant quón sache, on voudrais bien lui rendre visite cette année. Hélas ! on se contente de quelques fois qu'on l'a vu dans le passé, à l'Alliance française de Jacmel ou encore à l'Institut français en Haïti (IFH). Une journée hommage lui a été consacrée.

Notre véritable rencontre avec Franck remonte à une vingtaine d'années. À travers ses ouvrages, ses pièces de théâtre (Pèlen tèt) ou par le biais des amis, des aînés qui nous transmettront le goût de la littérature. On était au secondaire. En ce temps-là, écolier, nous nous adonnions beaucoup aux choses de l’esprit. Les réseaux sociaux n’habitaient pas encore autant les esprits. La bibliothèque représentait un lieu de prédilection pour les jeunes, un espace-culte, surtout pour nous qui faisions nos premières armes dans la littérature, la poésie, le théâtre. Djemson Salomon, un ami du lycée, et moi, nous apprenions par cœur la pièce et Pèlin-Tèt (1978) de Franck. Lui dans la peau de Pyram et moi dans le rôle de Polidò. Je me rappelle ce temps comme si c’était hier. Notre journée de classe commençait très tôt dans la matinée et s'achevait tard dans la soirée. On était comme des fous.