Anthony Phelps, poète, romancier, diseur, photographe, entre autres, nous a quittés, dans la nuit du 11 au 12 mars 2025, à Montréal où il vivait depuis des années. Il allait sur ses 96 ans. Il y a beaucoup à dire quand on évoque Anthony Phelps, mais l’essentiel pour le résumer et trouver l’adhésion de tout un chacun est de dire, qu’au fil des années, il était devenu lui-même un poème tant il était présent dans nos esprits; tant toute une génération avait été marquée par sa poésie, sa voix sur vinyle, en 1966, déclamant « Mon pays que voici », exsudant les douleurs de milliers de personnes marquées par l’occupation américaine, l’impérialisme et ses violences, le grand désespoir qui a, de tout temps, été le lot des Haïtiens, peu importe où ils se trouvent.

Il est important de parler d’Haïti littéraire quand on parle de Phelps, groupe – aujourd’hui, on dirait association - dont il faisait partie avec René Philoctète, Villard Denis, Aka Davertige, Serge Legagneur, Roland Morisseau, Auguste Thénor. « Ils voulaient écrire en dehors des politiques dictatoriales de François Duvalier », disait Phelps. Dernier survivant de l’équipe, en 2011 il était revenu en Haïti pour commémorer les 50 ans de la création d'Haïti littéraire. Il était aussi dans le pays en 2012 dans le cadre d’un festival, très content de se prêter au jeu des questions réponses des écoliers tout contents d’être en présence d’une légende dont ils n’avaient pas lu les livres, ni même entendu la voix grave qui sortait d’un disque qui crachotait alors qu’il déclamait « Ô mon pays, si triste est la saison qu’il est venu le temps de se parler par signe ».