Le poète Anthony Phelps fut une voix supérieure, à la manière du peintre québécois Jean-Paul Riopelle qualifié de « trappeur supérieur » par André Breton, le premier admirateur du premier Césaire. Céramiste, chimiste de formation, potier autant que poète, Phelps rencontra dans les contrées boréales des héritages artistiques et culturels autochtones qui ne purent que vivifier son œuvre. Le souffle phelpsien fut happé par les territoires nordiques, vastes espaces qui fournissaient une cohérence continentale américaine à l’insularité caraïbe.
Le poète, l’être métaphorique, auquel j’ai l’honneur de rendre hommage aujourd’hui se trouve, comme tout artiste parvenu au faîte de son œuvre, libéré des consonances de l’histoire personnelle. C’est la vérité de notre temps qui transparaît dans l’œuvre. Ainsi une œuvre, née au mitan du XXe siècle, dans les affres d’une dictature, se projette-t-elle dans le troisième millénaire parce que le poète, prenant pied sur les fleuves et les vallées d’un territoire du Nord, le Québec, a su infléchir la tournure brutale des utopies modernistes en symboles de l’absence. Pourtant, le poème et le crime constitutif des entreprises de décolonisation du siècle dernier procèdent du même mouvement, du même ensauvagement, du même lyrisme révolutionnaire. Ce crime fondateur et initiatique, Anthony Phelps l’a pressenti et ce pressentiment hante sa poésie comme un secret.






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