Je donne souvent des livres aux miens. Je considère cela comme une petite lettre d’amour, un geste du cœur. Un livre, c’est un ami qui ne nous quitte pas, qui nous aime avec nos imperfections, nos solitudes. Un livre est un ami qui parle avec nous, qui nous transporte vers des rives inconnues. Mais offrir un livre, c’est tout un art.

Je me souviens de cette fille qui m’avait envoyé une lettre d’amour après avoir découvert, le jour de son anniversaire, un personnage de Josaphat-Robert Large. Elle me raconte à chaque fois que ce personnage est la plus belle rencontre de sa vie, parce qu’il est énigmatique et fou. Les années 80 dans ma vieille Ford a été le plus beau cadeau de mes 20 ans. Je garde en souvenir les meilleurs livres qu’on m’offre. Offrir un livre, c’est tout un art. Il faut savoir viser le cœur du prochain lecteur et avoir un grand sens d’observation. Il m’arrive d’observer une fille pendant un an avant de lui offrir un livre. C’est un travail d’orfèvre. On garde en soi les phrases de la fille, ses goûts, sa vision de la vie et du monde, les lieux qu’elle fréquente… Même son odeur est importante pour ce coup-là (rire). Les saisons aussi comptent : il y a des lectures d’hiver et des lectures d’été. Liz Naïka Sajuste ne lit jamais Duras en été. J’écris cette chronique en écoutant Dans mon jardin d’hiver de Stacey Kent. C’est une folie, cette chanson.