Dans son célèbre ouvrage Gouverneurs de la rosée, par l'organe de la vieille Délira Délivrance, Jacques Roumain dit ceci :  « Nous mourrons tous : les bêtes, les plantes, les chrétiens vivants, ô Jésus-Marie la Sainte Vierge, et la poussière coule entre ses doigts » (extrait de Gouverneurs de la rosée, Jacques Roumain, 1944). Publié en 1944 à titre posthume, traduit dans plus d’une vingtaine de langues, réédité plusieurs fois puis transposé au théâtre, « Gouverneurs de la Rosée » de Jacques Roumain est l'un des classiques de la littérature haïtienne. Malgré les années écoulées, cette œuvre magistrale continue d’habiter les esprits. Elle est encore d’actualité. Face à la descente aux enfers de la capitale haïtienne, ce livre se révèle d'une grande fraîcheur. Le « Nous mourons tous » de Jacques nous touche en plein cœur.

Le petit village dénommé Fonds-Rouge, le coin natal de Manuel, ce héros de Jacques Roumain, présente un tableau sombre. Les habitants faisaient face à toutes sortes de malheurs et de calamités. Ils avaient sur leurs bras misère, désolation et forte sécheresse. Ils ne savaient à quel saint se vouer. « Le soleil d'un rouge colérique embrasait la crête des mornes. Les érosions s'avivèrent d'une lumière crue, et les champs apparurent dans leur pleine nudité. Dans la savane, les bœufs harcelés par les taons, mugirent longuement. La fumée des boucans de charbonniers flottait au-dessus des bayahondes. » En plus de la misère, la sécheresse et la désolation, une grande rivalité rongeait le " vivre-ensemble " des villageois  et divisait les habitants en deux clans.