Quand je publie une nouvelle chronique, on me demande de quoi je vais parler dans la prochaine. Avec Dany Laferrière, j’ai compris que tout peut faire une chronique : un rendez-vous avec un écrivain, une sieste à l’ombre d’un cerisier, la lecture d’un bon livre, une flânerie au cimetière d’une nouvelle ville ou une visite à la librairie du coin. Je rêve d’écrire quelque chose sur les bruits que j’aime : le bruit du whisky qui tombe dans le verre, ce pop festif quand on ouvre le champagne…
Je ne sais jamais le sujet de mes prochaines chroniques. Peut-être que je vais vous parler des films que j’ai vus il n’y a pas longtemps. J’ai un goût assez éclectique en matière de cinéma. J’aime les biopics, les thrillers, les films qui ouvrent les yeux sur une histoire. La semaine dernière j’ai vu Les Graines du figuier sauvage du cinéaste iranien Mohammad Rasoulof. C’est l’histoire d’Imam, de sa femme et de leurs deux filles, étudiantes à l’université. Nous sommes en Iran. Imam vient d’être nommé enquêteur dans un tribunal à Téhéran. C’est la fête pour sa femme. Mais cette nomination vient avec une exigence : approuver les condamnations à mort prononcées par le procureur. On lui remet un pistolet pour se protéger contre « l’ennemi ». Au même moment, les femmes manifestent dans les rues. C’est le mouvement Femmes, Vie, Liberté. Les filles d’Imam ont des amies qui y participent. Il leur demande de se taire, elles se rebellent. Imam perd son arme. C’est la décadence. Les Graines du figuier sauvage est la radiographie d’un pays où il est interdit de dire non, de manifester, résister. C’est une œuvre sur la liberté, la désobéissance, la peur. J’ai vu des gens pleurer dans la salle. Il y avait une émotion partagée, quelque chose qui nous traversait. C’est ça l’art. Parfois on parle tous le même langage devant une œuvre. On ne peut regarder ce film qui a des scènes réelles sans rien ressentir.





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