La photographie est un art. Et derrière toute œuvre d’art, il y a une histoire, une émotion, une parole, un fragment de vie ou quelque solitude qui nous a échappé. On connaît l’histoire de Samar Abu Elouf, qui vient de remporter le World Press Photo 2025. Ce n’est pas la même histoire que celle racontée par les photos de Coutechève Lavoie Aupont. Mais je trouve chez les deux un souci commun pour l’humain, un besoin urgent de faire de la photographie un moyen de visiter l’histoire, d’en faire un passé éternel.

Le thème de Coutechève, « Enkoni byen koni/L’inconnu qui nous est pourtant si familier », aurait pu aussi être celui de Samar Abu Elouf qui a photographié Mahmoud Ajjour, cet adolescent palestinien qui a perdu ses deux bras en fuyant une attaque israélienne à Gaza. Ici, Coutechève Lavoie Aupont nous expose des femmes haïtiennes qui fuient le désespoir, l’abandon, la misère et d’autres peines de la vie. Il saisit avec intelligence leur courage, leur détermination et leurs manières d’apprivoiser la vie. Ce sont des femmes issues de plusieurs villes d’Haïti : Jacmel, Saut-d’Eau, Mirebalais, Gonaïves. Le photographe a pris plusieurs années pour écrire cette histoire avec son clic ! Cette paysanne qui va au grand marché avec son sac de charbon, cette dame qui attend que l’âne boive de l’eau, ces deux femmes qui semblent se tenir la main au tournant du chemin...