Marc Sony Ricot : J’étais à Jérémie pour une résidence d’écriture. Je logeais dans un hôtel à Bordes. Quel magnifique paysage ! La mer au loin, les arbres, les mornes. Jérémie c’est l’émerveillement, splendeur. En allant vers la ville, mon ami écrivain Evains Wêche m’a dit : regarde ! C’est la maison du poète et médecin Jean-Robert Leonidas. Je connaissais votre nom mais pas vos livres. Je voulais vous rencontrer tout de suite parce que j’aime rencontrer les écrivains. À Port-au-Prince je connaissais la maison de presque tous les écrivains. Parler littérature est un petit bonheur tout rond. Vous n’étiez pas à Jérémie, malheureusement. Il y a une nouvelle génération de lecteurs et lectrices en Haïti qui ne vous connaît pas parce que vos livres ne sont pas disponibles partout en Haïti. Je connais un jeune homme à Port-au-Prince, Emmanuel Pacorme, il lit tout écrivain haïtien qui tombe dans ses mains. Le poète silencieux qui écrit de la poésie aussi aime marcher dans les rues de Pétion-Ville parce qu’il y a la joie de trouver le dernier Rodney Saint-Éloi a même le sol, devant ce bouquiniste de la rue Grégoire.

Prenons par exemple « Parfum de Bergamote » (CIDHICA, 2007). J’avais 11 ans quand ce recueil a été publié, je crois qu’il n’a jamais été réédité. Pourtant c’est un livre que je trouve très profond. C’est un retour à l’enfance. Il y a le goût des villes, le visage des femmes, le parfum des arbres. Il y a l’amour, je crois qu’il y a une part de révolte et de nostalgie aussi.