La ville de Mirebalais, située dans le département du Centre en Haïti, compte près de 200 000 habitants et occupe un point stratégique à l’entrée du pays. Elle abrite l’Hôpital Universitaire de Mirebalais (HUM), le plus moderne du pays, et se trouve au carrefour de routes essentielles menant vers le Nord et la République dominicaine. Depuis fin mars 2025 toutefois, Mirebalais a basculé dans le chaos : le 31 mars, une coalition de gangs armés (« Viv Ansanm ») a pris d’assaut la prison civile et le commissariat. Plus de 500 prisonniers ont été libérés par les assaillants, et le commissariat incendié. Malgré l’intervention de renforts de la Police nationale (une trentaine de bandits tués), la ville est restée assiégée. Les gangs ont fermé l’hôpital principal et contraint les écoles à fermer, instaurant un climat de terreur totale.

L’abandon par l’État et par certains élus locaux

Depuis le début de cette offensive, l’État haïtien et certains responsables locaux sont accusés d’« inaction » voire de complicité. Plusieurs observateurs critiquent la hiérarchie de la Police (le chef de la PNH, Rameau Normil) pour son manque d’efficacité et même pour des manœuvres de désinformation. L’ex-parlementaire et natif Abel Descolines témoigne de sa colère : il évoque un « hécatombe » de civils massacrés chez eux et déplore que la police soit restée « impuissante ». Chaque jour, les gangs gagnent du terrain, pendant que ceux qui nous gouvernent restent passifs face à la souffrance de la population ». Ces témoignages convergent : face à la crise, autorités nationales, départementales et municipales semblent avoir démissionné.

Conséquences dramatiques pour les habitants

La population de Mirebalais paie un lourd tribut : l’insécurité y est devenue mortelle et quotidienne. Selon les bilans disponibles, des dizaines de civils ont été tués – dont deux religieuses assassinées par les gangs en pleine nuit. Plus de 30 000 habitants ont fui la commune en quelques jours, cherchant refuge dans des villes voisines (Hinche, Cap-Haïtien, etc.).

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) confirme un afflux massif de déplacés : près de 6 000 personnes ont fui Mirebalais et Saut-d’Eau en seulement deux jours début avril 2025, s’ajoutant aux 60 000 déplacés déjà recensés depuis le début de l’année. Les familles sont entassées dans des abris de fortune, sans aucune aide d’État.

Au cœur de l’adversité pointe ainsi un message d’espérance : Mirebalais renaîtra « de ses cendres » par la volonté de ses habitants. Seule une mobilisation citoyenne pourra restaurer la confiance et impulser la reconstruction. L’engagement des « fils authentiques » de Mirebalais – porteurs d’un tissu associatif, religieux et paysan solide – est indispensable. Même assaillie, la ville bénéficie encore de ressources (énergies locales, réseau de solidarité, visibilité internationale) qui peuvent être mises au service de sa reconstruction. Il est impératif que les autorités abandonnées répondent finalement à cet élan populaire. En attendant, Mirebalais demeure une ville de combat et d’espoir : ses habitants résilients travaillent aujourd’hui à la réouverture des écoles, à l’organisation de marchés sécurisés et à la restauration des services essentiels. Car tant qu’il reste des femmes et des hommes déterminés, Mirebalais peut et doit se relever.