Avec Donald Trump, nous sommes entrés dans une ère nouvelle. Loin d’être un accident de l’histoire des Etats-Unis, il en est le produit venu des premiers temps de la République étoilée. Il n’est pas un isolationniste traditionnel. Il est plutôt ce que je nomme un trilatéraliste. Pour lui, il n’existe que trois continents: l’Europe dont il se démarque, l’Asie où la Chine est perçue comme une puissance concurrente, voire hostile, l’Amérique qu’il considère comme une chasse gardée. De même, il tient compte de trois grandes puissances, Etats-Unis, Russie, Chine. Le reste, c’est du menu fretin. De la guerre de l’indépendance à la fin du 19e siècle, les Etats-Unis d’Amérique, à l’abri de deux océans, ont prospéré dans un splendide isolement. Le bateau à vapeur, loin de mettre fin à cette quasi-insularité, a favorisé un expansionnisme dont le coup d’envoi a été la guerre contre
l’Espagne en 1898 et l’acte final, l’aventure afghane et son tragique épilogue. Après une telle débâcle, on aurait dû assister à un regain du sentiment isolationniste toujours latent au sein de la population américaine, comme ce fut le cas à la fin de la guerre du Vietnam. Nous sommes plutôt témoins d’un retour aux sources: un repli, non pas national, mais hémisphérique. Ainsi, de Monroe à Trump, la boucle est bouclée. L’OEA, plus que l’OTAN, sera désormais privilégiée comme instrument de domination.

L’homme d’affaires qu’est avant tout Donald Trump n’est pas un belliciste. Si l’ambition de Ronald Reagan, son devancier, avait été de restituer la puissance militaire des Etats-Unis face à l’avance qu’avait prise l’URSS dans le domaine des armements nucléaires (c’était déjà, en filigrane, le Make America Great Again sur le plan de la sécurité nationale ), pour Trump, rétablir la puissance industrielle américaine, monter la garde autour du dollar comme le principal instrument de paiement dans les échanges commerciaux et financiers internationaux et satisfaire les aspirations de l’Américain moyen sont les objectifs premiers. Pour les atteindre, la pression diplomatique et économique est son arme de choix. L’ennemi n’est plus la Russie, acteur commercial mineur, mais la Chine et, accessoirement, les BRICS. Ce n’est pas qu’il exclut le recours à la force, mais celle-ci ne doit pas servir à exprimer le droit du plus fort, mais à le primer en l’étalant, entre autres, par des moyens asymétriques comme au Yémen.