Je craignais ce moment. Je redoutais cette épreuve qui n’en est pas une, celle de prononcer l’éloge funèbre en silence, au profond de moi-même, d’un ami d’enfance, d’un camarade de classe du Petit Séminaire Collège Saint-Martial, disparu le 18 mai 2025. Homme aux multiples visages — athlète, architecte sans maisons, syndicaliste des ouvriers sans voix, gardien des ruines que d’autres voulaient effacer —, Didier Dominique portait en lui les fractures d’Haïti, mais aussi sa foi indomptable dans la justice.
Didier préférait toujours la vie y compris au lieu insituable, lieu céleste, lieu hors de tout lieu, où il séjourne désormais. Didier l’architecte, l’urbaniste, méditait la pensée de Frantz Fanon souvent reprise dans nos discussions : « La ville du colonisé est …un lieu mal famé, peuplé d’hommes mal famés. On y naît n’importe où, n’importe comment. On y meurt n’importe où, de n’importe quoi. La ville du colonisé est une ville accroupie, une ville à genoux, une ville vautrée. Les hommes y sont les uns sur les autres…» Si le colonisé est celui qui ne sait où habiter, c’est bien parce que « l’habiter colonial est une manière violente d’habiter la terre », suggère Malcolm Ferdinand.






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