Fuir le pays est une obsession séculaire chez les Haïtiens. C’est un sport national ! Avec la gangstérisation du pays et le programme attractif du président Joe Biden que son successeur vient de récuser, cette obsession qui ronge les consciences et les énergies en dit long sur ce que nous sommes devenus : une « République bossale », pour reprendre le titre de l’un des ouvrages d’Edgard Gousse, sans avenir vraisemblable, gouvernée par la violence, la corruption, le défaitisme et le sauve-qui-peut individuel. C’est le cercle vicieux complet : on n'aura rien fait sur la décomposition nationale tant qu’on n’aura pas rétabli l’autorité de l’État. C’est un cycle de transition aux conséquences infernales qui se perpétue avec des récidivistes, des décideurs recyclés puisque les intérimaires au pouvoir ont occupé par le passé des postes politiques majeurs. « À chaque fois, on prend les mêmes destructeurs et on recommence. Les mêmes malades du pouvoir signent des pactes avec le diable pour avoir le contrôle », a compris Leslie Péan (La semaine Dessalines : Le mauvais chemin pris par Haïti dans l’histoire (7 de 7), AlterPresse 17 octobre 2015).
L’exil est la pire des options pour un ensemble de professionnels mais il est parfois inévitable, comme on l’a vécu sous Papa Doc qui a en fait encouragé à volonté le départ de nombreux professeurs, médecins et autres cadres qualifiés pour l’étranger, notamment les États-Unis, l’Afrique et le Canada. La réponse est désespérante : les pires personnes possibles – sans légitimité ni volonté – sont aux commandes au pire moment. Tant que nos choix de dirigeants ne seront guidés que par leurs passions tristes (pour l’argent et les privilèges du pouvoir), nous continuerons à régresser. De crise en crise. En proie à une catastrophe existentielle nourrie de violentes pathologies séculaires, nous sommes à l’orée d’une fin de cycle – la vieille Haïti – qui ne peut plus se reproduire, quoi qu’on fasse.






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