En Haïti, où la mémoire collective est marquée par des siècles de luttes, de domination étrangère et de résilience populaire, la culture joue un rôle central : elle est lien, langage, identité et forme de survie. Pourtant, dans le champ politique, une autre forme de « culture » semble s’être installée : celle des sanctions sans impact réel, largement imposées par l’extérieur, mais rarement enracinées dans des mécanismes de justice locale. Peut-on alors parler d'une véritable culture de la justice, ou assiste-t-on à une dérive spectacle, vidée de sens ?

Sanctionner sans sanctionner : la culture haïtienne fait face à l’illusion de la justice. Depuis qu’Haïti est devenue membre des Nations unies le 24 octobre 1945, le pays est supposé bénéficier de l’appui d’une communauté internationale soucieuse de la paix, de la justice et du respect des droits humains. Pourtant, depuis plusieurs années, notamment avec l’aggravation de la crise politique, sécuritaire et sociale, ce que nous voyons, ce sont des communiqués, des conférences de presse, des déclarations d’ambassadeurs, et surtout, des listes. Des listes de noms. Des listes de « personnes sanctionnées ».