Le 1er août, sur le siège arrière d’un taxi montréalais, Frantz Duval, rédacteur en chef du Nouvelliste, a livré – sans le vouloir – une radiographie implacable d’Haïti. À travers un échange banal avec un chauffeur africain, il a mis à nu, comme on déroule un fil tragique, les contradictions et la désagrégation profonde d’un pays qui semble vivre à la fois dans le chaos et dans l’acceptation de ce chaos.

La scène, presque théâtrale, pourrait être celle d’un roman noir. Les questions simples du chauffeur deviennent des coups tranchants. Elles révèlent une réalité où l’absence d’institutions n’est plus un accident, mais un état permanent : pas de président élu, pas de parlement, pas de maires, pas d’armée fonctionnelle. À la place : neuf dirigeants de transition, des ministres sans véritable cap, une police sous-équipée et, pour renforcer la sécurité, une mission kenyane tout aussi démunie.