À l’origine de cette œuvre singulière, une scène troublante. « Comment cette histoire a-t-elle germé dans mon esprit ? » écrit l’auteur. « Je suis tombé par hasard sur une vidéo où Izo racontait qu’en choisissant d’être un vrai musicien, il avait dû quitter son travail régulier, qui consistait à tuer des gens pour l’argent, le pouvoir et aussi pour le plaisir que procure le fait de se mesurer à Dieu. » Ces mots glaçants, prononcés par un chef de gang se croyant artiste, ont nourri la réflexion de Laferrière. L’écrivain, qui a toujours cherché à bâtir par les mots et les images, confie qu’il s’est senti dans l’obligation de rappeler à cet homme que chaque crime entraîne une dette.

De cette confrontation morale naît un récit où deux figures s’opposent. D’un côté, Izo, criminel réel qui se rêve créateur. De l’autre, Nix, peintre fictif, jeune artiste des quartiers populaires de Port-au-Prince, obsédé par Grand Intérieur rouge de Matisse. Entre eux, une rivalité tragique : jaloux, Izo tue Nix. Mais le rouge qui jaillit ne se limite pas au sang du peintre. C’est aussi le rouge des centaines de victimes anonymes, celui des esquisses de Nix, et la teinte vibrante de l’art qui survit à la mort.