Dans le contexte actuel, les jeux se jouent autour de l’idéal de la démocratie comme soupape de sécurité à la crise politique que connaît Haïti. En effet, les élites dirigeantes croient détenir sur les autres citoyens une certaine supériorité morale qui n’est confirmée ni dans la sphère culturelle, intellectuelle ni dans la manière d’encadrer la sphère productive. Dans l’avant-projet de Constitution de 2025, les citoyens sont écartés au niveau national et replacés au niveau local. Les élites dirigeantes freinent la formation d'un espace public ouvert propice à la construction de l'égalité politique et la gestion démocratique du secteur productif ( Pierre et Chéry, 2025). Ce qui nous interpelle à apprécier l’article du Dr Dorismond paru dans Ayibopost du 11 septembre 2025 qui porte sur la relation « Démocratie et Aristocratie ». Si la Constitution haïtienne du 29 mars 1987 avait prôné la démocratie participative comme régime politique en combinant la représentation et la participation citoyenne dans les collectivités locales, cette proposition est encore dans l’impasse sinon mort-née. Depuis lors, on tente des expériences qui portent sur l’organisation d'élections souvent contestées en accouchant des dirigeants imposés par des sphères internationales influentes. La démocratie pactée tient lieu en maintes occasions pour pallier les turbulences et l’instabilité dans le renouvellement de dirigeants légitimes. Les uns ou les autres questionnent le défi que représente l’assise d’un État démocratique. Ainsi le fatalisme hante les gens ordinaires par manque d’éducation politique pendant que d’autres gens jugés avisés s’en remettent aux forces militaires étrangères pour favoriser un retour à la démocratie en Haïti. Entretemps, des réflexions surgissent dont celle du Dr Dorismond quand celui-ci cherche à établir un lien immédiat et intrinsèque entre aristocratie et démocratie. L’auteur indique, selon ma lecture, que « Le pouvoir par sa nature aristocratique est contre le peuple ».
En Haïti, les expressions de l’aristocratie justifient la primatie des intérêts féodaux dans les relations de pouvoir politique et économique. La référence aux intérêts féodaux comme type idéal tient lieu à saisir les mécanismes de domination de groupes adonnés à la rente et une assise d’une autorité extrême ainsi que la subordination du peuple en échange de relations de bienfaisance et de clientélisme. Les droits à la participation et au bien-être sont fortement compromis. Une autarcie féodale s’établit en articulation avec la globalisation néolibérale capitaliste.
La relation aristocratie et démocratie fait transposer la référence aux dieux associés au pouvoir suprême que détiennent les élus au mépris de l’importance de la participation citoyenne. Sans opposer démocratie et antidémocratie ni démocratie et dictature, la nature et l’essence de la démocratie établissent le principe de restriction, du moins de subordination du peuple à qui l’on confère un idéal de souverain. Le pouvoir est aristocratique par essence, j’adopte cette position pour étayer la question de l’intérêt féodal. Alexis de Tocqueville devrait revisiter l’expérience actuelle de la démocratie en Amérique pour constater l’essor d’une révolution conservatrice qui renvoie aux prééminences originelles de la démocratie interreliée au pouvoir aristocratique. Qu’en-est il des droits évoqués comme formes de simulacres, par exemple le droit à l’éducation avec un système éducatif disparate, questionne le Dr Dorismond. Le peuple est réduit à la canaille pour dénoter la fragilité et la précarité de la démocratie proprement dite.La colonialité de pouvoirs est à l’ordre du jour pour saisir le caractère d’héritier lié à l’aristocratie. La pérennité du pouvoir est intériorisée dans les grandes démocraties à travers des individus sélectifs (France, États-Unis, entre autres).





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