J’ai toujours considéré les personnages des romans ou des films que j’ai aimés comme des êtres vivants. Des gens qu'on peut toucher, qui existent quelque part dans le monde, qui respirent, vieillissent et disparaissent dans le vide du monde. Certains sont morts, d’autres continuent leur route, comme des amis qu’on perd de vue. Forrest Gump, l’un de mes films préférés, a longtemps été de ceux-là. Je croyais qu’il existait vraiment, avec ses chaussures usées, ses phrases pleines de naïveté et de sagesse. Je me disais qu’un homme pareil devait bien vivre quelque part aux États-Unis.

J’ai vu le film pour la première fois chez ma tante Clotilde Prioly, durant mon adolescence aux Gonaïves. L'adolescence, c'est l'âge du regard, des rumeurs. On écoute, on regarde, on aime sans rien comprendre, pas du tout. Je l'ai regardé après plusieurs années, et je trouve dans ce personnage une vraie leçon de courage, une certaine espérance qui me touche assez profondément. J’ai toujours aimé les œuvres qui donnent une certaine espérance.