Merci pour Milwaukee Blues, ce chant douloureux et beau qui nous raconte l'exil intérieur avec une tendresse infinie. Merci pour L'Autre face de la mer, ce miroir troublant où j'ai reconnu mon enfance, loin de Port-au-Prince mais si proche de nos blessures communes. Merci pour Avant que les ombres s'effacent, cette lumière dans notre obscurité collective. À travers vos pages, j'ai compris que la littérature n'est pas seulement un art : elle est spirituelle, elle est salvatrice. Vos mots m'ont appris à voir notre pays autrement. Quand vous écrivez : « Dans certaines civilisations, c'est la vache l’animal sacré, qui immobilise le trafic. Chez d'autres l'aigle déploie ses serres en un symbole de puissance. Ailleurs, le condor passe dans un vol majestueux. Ici, ce sont les cochons qui se pavanent », vous nous offrez un miroir sans complaisance mais non dénué de poésie. Vous nous montrez notre réalité sans nous écraser sous son poids. Et cette phrase qui me hante encore : « Personne ne l'attendait en Haïti, hormis son avenir et la vie. » Maintenant, tant d'Haïtiens quittent Haïti avec seulement l'envie de vivre et d'avoir un avenir possible. Comme vous l'avez écrit dans Milwaukee Blues : « Rien n'est plus triste que de crever sans espoir.» Dans ces mots simples, vous capturez toute l'espérance qui survit malgré tout, cette capacité haïtienne à croire en demain même quand aujourd'hui semble impossible.
Dans ce pays où la lecture est devenue un luxe ou une ruse, où si peu ont le temps de lire, je me pose souvent cette question douloureuse : est-ce que ceux qui nous dirigent lisent ? Est-ce que la rancœur, la haine, la désolation qui nous gouvernent connaissent les livres ? La triste réponse que je trouve est que ceux qui lisent sont très peu, et c'est peut-être pour cela qu'il y a tant de guerres, de famines et de misères. Puis je m'arrête en chemin pour reconnaître une vérité plus complexe : la littérature peut aussi nous radicaliser, nous rendre insensibles ou conservateurs. Mais vous, Monsieur Dalembert, vous faites partie de ces écrivains qui choisissent l'autre voie, l'autre loi de la jungle, celle qui éveille la conscience sans l'empoisonner, qui dénonce sans détruire, qui révèle notre humanité dans toute sa complexité.
Vos livres sont des cadeaux que vous offrez à des gens que vous ne rencontrerez peut-être jamais. C'est peut-être ça le vrai sens du métier d'écrivain : offrir des cadeaux à des inconnus. Vous ne le savez peut-être pas, mais quelque part dans les mornes d'Haïti, dans les rues poussiéreuses de Port-au-Prince, dans les bidonvilles où l'espoir semble avoir déserté, vos mots voyagent. Ils consolent, ils éveillent, ils transforment, ils donnent espoir et rêve. Ils rappellent à des jeunes comme moi que nous sommes plus que nos circonstances, que notre histoire mérite d'être racontée avec dignité, que l'humanité n'est pas foutue, qu'Haïti n'est pas perdue.





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