Ici, la créativité populaire transforme la misère en rituel de survie. Un griot doré à l’huile recyclée, des bananes plantains qui claquent sous la friture, un bouillon cube en excès : tout cela raconte un peuple débrouillard, mais aussi un peuple à bout de souffle. Car derrière le geste simple de se nourrir, la tragédie pointe : cette nourriture, censée être vecteur de vie, devient un poison lent pour la santé collective.

La crise alimentaire en Haïti ne se limite pas aux images des rues. Elle est chiffrée et alarmante. Selon le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et la FAO, plus de 5,7 millions de personnes font face à une insécurité alimentaire aiguë en 2025. Parmi elles, 63 000 Haïtiens sont en situation de famine, une réalité où chaque repas devient une question de survie. L’UNICEF alerte que 2,85 millions d’enfants sont touchés, dont plus d’un million en situation extrême. Ces chiffres reflètent une urgence humanitaire majeure : 5,4 millions de personnes ont besoin d’aide immédiate, tandis que 703 000 déplacés cherchent à survivre malgré l’insécurité et l’inaccessibilité des marchés. Dans un contexte où l’inflation alimentaire a atteint 30 %, et où certaines familles consacrent jusqu’à 70 % de leur budget à la nourriture, manger est devenu un acte quotidien de résistance et de résilience, mais aussi un danger silencieux pour la santé collective.