Le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) a salué l’adoption de la résolution 2793 (2025) du Conseil de sécurité des Nations Unies qui acte la transformation de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en une Force de répression des gangs (FRG). Pour l’organisation de défense des droits humains, cette évolution représente une avancée dans la lutte contre la criminalité en Haïti, mais elle devra impérativement s’accompagner d’engagements concrets et structurels, tant de la part de la communauté internationale que des autorités haïtiennes.
Malgré cette avancée, le CARDH souligne plusieurs limites intrinsèques à la FRG, similaires à celles de la MMAS. D'abord il s’agit d’une force multinationale dont le financement et le déploiement seront fondés sur des contributions volontaires ; ensuite, le temps nécessaire à sa mise en œuvre – estimé entre six mois et un an – risque également de prolonger l’action limitée de la MMAS actuelle.
Le CARDH insiste, par ailleurs, sur le fait que sans volonté politique réelle ni coordination sérieuse entre partenaires internationaux et acteurs haïtiens, la FRG risque de devenir une opération de plus, coûteuse et inefficace, répétant les échecs du passé.
D’un autre côté, le CARDH met l’accent sur le fait que la sécurité d’Haïti demeure d’abord une responsabilité nationale. « La résolution elle-même souligne ce principe en appelant le gouvernement haïtien à s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité : corruption endémique, réforme de la gouvernance, lutte contre le trafic d’armes », rappelle l’organisme de droits humains qui en profite pour dresser toute une liste de recommandation à la communauté internationale et aux autorités haïtiennes.
À la communauté internationale, le CARDH propose de fournir à la force de répression des gangs les moyens financiers, logistiques, humains et technologiques nécessaires. Le CARDH a aussi rappelé la nécessité d'un leadership fort.
L’organisme de droits humains recommande à la communauté internationale de définir des mécanismes de suivi mesurables pour évaluer les résultats et encadrer juridiquement les actions exceptionnelles de la FRG (mesures d’urgence).
Le CARDH appelle, de plus, la communauté internationale à renforcer les capacités des forces de sécurité nationales pour éviter une réorganisation des gangs en attendant la pleine mise en œuvre de la FRG.
Favoriser la collaboration sur le terrain et mettre en place un canal de communication fonctionnel entre les différentes forces engagées ; associer activement la société civile, conformément au premier principe de la Feuille de route de l’OEA, sont autres recommandations faites par le CARDH à la communauté internationale.
Quant aux autorités haïtiennes, le CARDH les enjoint d'élaborer un plan de sécurité national avec un échéancier clair et des mécanismes de mise en œuvre de doter la PNH et les FAD’H des ressources nécessaires pour devenir des forces de sécurité efficaces et autonomes.
L’organisme invite par la même occasion à considérer les propositions de la Table sectorielle sur la Sécurité (TSS), soumises le 2 septembre dernier, comme référent pour l’action nationale et internationale.
Adoptée le 30 septembre avec 12 voix pour et 3 abstentions, la résolution portée par les États-Unis et le Panama confère à la FRG un mandat robuste, basé sur le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Elle autorise la conduite d’opérations antigang, la protection des infrastructures critiques, le renforcement des capacités de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des Forces armées d’Haïti (FAD’H), ainsi que l’appui à l’organisation d’élections libres et l’accès humanitaire.
Contrairement à la MMAS composée essentiellement de policiers, la FRG prévoit un effectif combiné de 5 500 policiers et militaires. Elle pourra agir de manière indépendante des forces haïtiennes, procéder à des arrestations ciblées, collecter et détruire les armes illégales, tout en anticipant les risques de dommages collatéraux grâce à des mesures proportionnelles et limitées dans le temps.
La résolution prévoit également la création d’un Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (BANUH) destiné à fournir un appui logistique et opérationnel à la FRG, mais aussi au BINUH, à la PNH et aux FAD’H.






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