Le lundi 6 octobre 2025, la Cour de cassation d’Haïti a rouvert symboliquement ses portes au Champ-de-Mars pour lancer l’année judiciaire 2025-2026. Sous la présidence de Me Jean-Joseph Lebrun, également à la tête du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), magistrats, avocats, membres du gouvernement Alix Didier Fils-Aimé, diplomates et représentants du Conseil présidentiel de transition, se sont retrouvés dans la salle exiguë du temple de la justice. Au comptoir du jour : discours officiels, bilans d’exercice, et vœux pieux pour un appareil judiciaire qu’on dit « résilient », malgré l’insécurité, les grèves, et l’usure morale des institutions à genoux.
Mais derrière les pas formés, les mots polis et les belles formules d’usage, le pays réel, lui, n’a pas attendu la cérémonie pour juger à sa manière. Dans les quartiers dits hors contrôle de l'État, d’autres cours rendent déjà leurs sentences — sommaires, sanglantes, expéditives. Entre le verbe du juge et les balles des chefs de gang, le verdict ne voyage pas dans la même langue. Alors, asseyez-vous. Car le train de la chronique démarre déjà. Au premier arrêt : le théâtre se vide, la justice sise au palais du Champs-de-Mars fait son entrée, sous les coups de fusils en redondances, où l’impunité reste assise vis-à-vis des agents de l’insécurité. Au dernier arrêt : l’injustice comme langue maternelle et une justice en toge face à une population en lambeaux qui est assise dans son monde linguistique divergent... Alors, bienvenue à bord du train de la rentrée judiciaire 2025-2026.
La rentrée judiciaire s’est ouverte, comme chaque année, sous un costume protocolaire d’une cérémonie, dans la salle étroite de la Cour de cassation. On y parlait d’objectifs, de priorités, de « renforcement du fonctionnement des juridictions ». Des mots nobles pour une justice en béquilles, qui résonnent dans le vide comme une homélie sans fidèles. Et pendant que les toges s’échangent des promesses, les rues de Barbecue, de Lanmò san jou, de Vitelhomme entre autres contrées, elles, ont déjà inventé leur propre forme de justice — brutale. Inhumaine, qui gifle sans répit les droits de l'homme. Car là où l’État s’efface, le chef de gang devient juge dans les territoires déclarés perdus par l’État, au profit de législateurs cyniques et exécutant-bourreaux s'érigeant en agents communautaires. Ils tranchent les différends, fixent les amendes, protègent leurs proches, punissent ce qu'ils jugent comme traîtres, recyclent leurs recettes de rues. Sans peur ni crainte. Une parodie de justice ? Oui, sans doute. Mais une parodie qui fonctionne, sans doute — dans un espace linguistique et symbolique où le mot justice a perdu son ancrage institutionnel pour devenir un acte de survie. Dans une capitale en mode sur-vie. Pourquoi ne dit-on pas cela ?





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