Depuis le samedi 25 octobre 2025, le milieu de l'art et de la littérature pleurent la mort à New York de Michel-Philippe Lerebours, historien de l'art, archéologue, dramaturge et poète, né le 29 novembre 1933.
La meilleure façon de camper l'homme pour les générations actuelles et futures serait de dire qu'il représente pour l'histoire de l'art haïtien ce que Thomas Madiou est à l'histoire d'Haïti, c'est-à-dire celui par qui tout a commencé de manière structurelle et fondamentale jusqu'à porter les autres à en parler dans un cadre référentiel avec conviction et respect.
Tout est parti de son mémoire de sortie à l'École normale supérieure (ENS) en 1955, intitulé "La peinture haïtienne" où il préfigurait son travail d'historisation de l'art haïtien, développé dans sa thèse de doctorat en histoire de l'art et l'archéologie à la Sorbonne en 1980 et parachevé en son œuvre majeure "Haïti et ses peintres de 1804 à 1980: souffrances et espoirs d'un peuple," publiée en 1989.
Son retour au pays après 1980 a coïncidé avec une vie culturelle somme toute intense avec la création du Musée du panthéon national haïtien (MUPANAH), l'ouverture de l'École nationale des arts (ENARTS), l'organisation de concours d'art comme "Connaître les jeunes peintres" à l'Institut français d'Haïti, des représentations théâtrales avec notamment la Compagnie de théâtre Hervé Denis et maintes expositions dans les galeries d'art et les musées.
À toute cette activité artistique, Michel-Philippe Lerebours participait à titre de consultant ou collaborateur quand il n'en était pas l'instigateur. On relève de la sorte sa participation à la création du MUPANAH et de l'ENARTS dont il devenait le premier directeur général, son rôle primordial dans l'organisation du concours "Connaître les jeunes peintres," ainsi que sa collaboration à force événements et revues artistiques.
Parallèlement il enseignait l'esthétique et l'histoire de l'art à l'Institut français d'Haïti, à l'Université d'État d'Haïti et dans des établissements privés comme l'Université Jean Price Mars et l'Université Quisqueya, formant ainsi une génération de critiques d'art et d'historiens de l'art dans le pays.
Évidemment ses publications débordent le domaine de l'art: archéologue, il avait mené des investigations sur les habitations sucrières de la période coloniale en Haïti, exploitées dans son ouvrage, publié aux Presses nationales en 2006, "L'Habitation sucrière dominguoise; et Vestiges d'habitations sucrières dans la région de Port-au-Prince", où l'auteur retrouve sur les ruines de ces habitations, une réalité archéologique englobant les bâtiments, les plantations et le nègre dans la dynamique d'un esclavage exacerbé. Il en est sorti un plaidoyer en faveur d'une quête mémorielle et identitaire par la préservation de ces sites.
Dramaturge, il a publié Le Roi, pièce de théâtre décrivant un monde absurde où quelques personnages attendent en vain l'arrivée d'un roi dont ils ne savent absolument rien, publiée pour la première fois à Port-au-Prince en 1975 aux Éditions Connaissance d'Haïti et premier prix du concours "Théâtre vivant" de Radio France Internationale (RFI) en 1991.
Son autre drame, "Les Circoncis de la Saint-Jean", basé sur l'histoire d'une île en danger d'engloutissement, prix du Ministère de la coopération française "en dramaturgie", organisé par RFI en 1996, a bénéficié d'une remarquable interprétation par la Compagnie de théâtre Hervé Denis à l'institut français d'Haïti la même année.
Quant à sa poésie, elle se révèle dans le recueil "Dit pour les vierges mutilées" publié certainement avant 1992 et dont le verbe, parcouru d'images fortes, empreintes de souffrance et de quêtes de rédemption, se complaît dans une vision apocalyptique des êtres et des choses.
Avant de se retirer aux États-Unis auprès des siens durant les périodes de troubles politiques en Haïti de la mi-décennie 2015-2019, Michel-Philippe Lerebours devenait inséparable du Musée d'art haïtien du collège Saint-Pierre où il comblait à la fois les postes de directeur, de conservateur et de vice-président du conseil d'administration.
Sans inquiétude physique au début, il a finalisé la publication, aux Éditions de l'Université d'État d'Haïti en 2018, son dernier ouvrage sur l'art haïtien "Bref regard sur deux siècles de peinture haïtienne (1804-2004)," inscrit dans la même dynamique que les précédents, mais plus condensé et plus avancé dans le temps comme l'indique le titre.
Sans doute très affecté par le décès de son fils Patrice-Manuel en février 2024, Michel-Philippe Lerebours a vu sa santé se détériorer au point de ne pas survivre durant trop longtemps.
C'est ici l'occasion pour nous de rendre hommage à une telle référence de l'histoire de l'art haïtien dont la mémoire se perpétuera certainement à travers ses ouvrages et son enseignement.
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