Sur WhatsApp, depuis 48 heures, un court message fait le buzz comme souvent avec ce réseau, première source d’information en Haïti. 

« Effondrement Maison Charlotin Marcadieu à Dessalines dans la nuit du 3 au 4 novembre 2025 », dit le texte, laconique, accompagné d’une photo des décombres d’une ancienne maison. 

Charlotin Marcadieu, tous les Haïtiens qui ont fréquenté l’école connaissent l’histoire de ce colonel, fidèle aide de camp, que l’empereur Jacques 1er, Jean Jacques Dessalines, appela à son secours dans les premières minutes de sa mise à mort le 17 octobre 1806, au Pont-Rouge, à l’entrée de Port-au-Prince et qui périt avec l’empereur. 

La maison de Charlotin Marcadieu n’était connue que des rares visiteurs de la ville de Marchand devenue Dessalines et généralement désignée comme Marchand-Dessalines. 

Ceux qui se sont estomaqués, dans leur grande majorité, à l’annonce de l’affrontement de la maison de Charlotin Marcadieu ont-ils pris le temps de s’étonner de l’existence de la demeure près de 220 ans plus tard ?

Il est permis d’en douter. L’émotion et l’appétit pour dénoncer et condamner l’incurie généralisée l’emportent sur tout questionnement rationnel de nos jours. 

La même ville de Marchand Dessalines a fait l’actualité ces derniers mois seulement quand les groupes criminels l’avaient attaquée. Sinon, cette ville intérieure, qui n’est pas traversée par une route nationale, dort dans la souveraine indifférence de la République. À l’époque, personne ne s’était inquiété de ce qu’il y avait à préserver dans la première capitale de la République d’Haïti. 

Et pourtant, Marchand ou Dessalines, appelez-la comme vous voulez regorge de vestiges historiques, tous délaissés.

Alors, ceux qui, aujourd’hui, s’emballent suite à l'effondrement de la maison de Charlotin Marcadieu, grâce aux ruines qu’ils aperçoivent pour la première fois en photo alors qu’ils n’en soupçonnaient même pas l’existence, sont de fieffés acteurs. 

Un communiqué de l'Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) tente d’expliquer les causes de l’effondrement de la maison restaurée il y a vingt ans à peine. Ce qu’on retient surtout de la communication de l’organisme spécialisé dans la préservation du patrimoine matériel est : « En fait, la majeure partie des éléments du patrimoine bâti peut se comparer à des vieillards auxquels il faut un soin intensif. L'ISPAN rappelle ainsi à toutes et tous que tous les sites, monuments et centres-villes historiques de la République d'Haïti sont en péril. De ce fait, pour les léguer aux futures générations, il est indispensable qu'un programme de restauration générale soit mis en place urgemment par l'État haïtien. »

La conclusion de la note de l’ISPAN dresse un bilan alarmant de la situation de notre patrimoine bâti et laisse un brin songeur. Elle parle de l’État haïtien comme si l’ISPAN ne le représentait pas. Ou pas vraiment.